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30/10/2008

La guerre prend des couleurs

Petit exercice mental. Imaginez une tranchée de 14-18, Churchill ou des GI's sur une plage de Normandie. Comment surgissent-ils? En noir et blanc. Et pour cause, "il y a association automatique entre ces périodes de guerre et des films zébrés de striures", explique le réalisateur Daniel Costelle. Mais la donne change. Costelle prépare, par exemple, Apocalypse une série sur la 2nde guerre mondiale avec des archives minutieusement colorisées. Elle sera sur France 2 à l'automne 2009 " en prime time. Pour toucher un public plus jeune, la colorisation est indispensable." Pour cela et aussi "pour rendre ces conflits plus proches, plus perceptibles", précise Jean-François Delassus, dont le 14-18 le bruit et la fureur, le 11 novembre sur F2, est lui aussi passé à la palette. L'historien Jean-Pierre Verney a supervisé sa colorisation: "j'ai donné des précisions pour les uniformes, du coloris de leurs boutons à celui des décorations. Si le noir et blanc figent les choses, là on s'y croirait".

[Sur YouTube, on peut déjà trouver quelques archive couleurs du conflit]

 

Un tournant chatoyant amorcé dans les années 2000 grâce à la diffusion d'archives, cette fois originellement shootées en couleurs. René-Jean Bouyer a ainsi collecté dans Ils ont filmé la guerre en couleur des milliers d'heures de rush d'amateurs, tournées en kodachrome entre 39 et 45. Pourquoi ont-elles surgi il y a si peu de temps? " Parce que ceux qui avaient filmé ces images ont commencé à disparaître,souligne Bouyer. Leurs héritiers ont alors confié ces pellicules retrouvées dans des greniers à des institutions."

 

Artificielle ou originelle, il faut donc désormais " absolument de la couleur", estime Anne Grolleron, responsable des achats de la chaîne Histoire. C'est un phénomène général". Les Anglo-saxons ont, en effet, aussi produit des docs à base d'images originales en couleurs, comme The WarWar in Colours actuellement sur Histoire. Un immense progrès? "Pour la colorisation, le débat demeure, nuance Bouyer. C'est comme pour le doublage. Il y a ceux qui n'acceptent que les VO, mais aussi ceux qui ne regarderaient jamais le film s'il n'avait pas été doublé."Des goûts et des couleurs, on ne guerroie point. diffusé sur Arte ou War in Colours actuellement sur Histoire. Un immense progrès? "Pour la colorisation, le débat demeure, nuance Bouyer. C'est comme pour le doublage. Il y a ceux qui n'acceptent que les VO, mais aussi ceux qui ne regarderaient jamais le film s'il n'avait pas été doublé."Des goûts et des couleurs, on ne guerroie point.

Alice Coffin

Commentaires

14-18, le bruit et la fureur

92e anniversaire de l’armistice oblige, des documentaires sur la Grande Guerre ont été diffusés sur les chaînes télé. Parmi ceux-ci, « 14-18, le bruit et la fureur » sur France 2 à 22 h 50 proposait un rendez-vous poignant avec l’Histoire pour tenter de comprendre... l’incompréhensible.

Ce documentaire de Jean-François Delassus a été réalisé en 2008 à partir d’images d’archives sur les batailles qui se sont déroulées en France et en Belgique. Les images proviennent des fonds de la SCA (Service cinématographique des armées) et elles étaient colorisées et sonorisées pour mieux ressusciter l’ambiance de ces quatre années de guerre. Le commentaire d’un soldat français imaginaire, texte lu par Alexandre Astier, ajoutait à l’intensité de ces images montrant comment les poilus acceptèrent la perspective d’une mort, ou au mieux d’une blessure quasi certaine, sans broncher et surtout sans rien connaître des objectifs stratégiques de leur état-major. La haine du Prussien érigée au rang de vertu cardinale au nom d’un patriotisme exacerbé incitait alors les soldats à se battre. La montée des Anglais au front, le 1er juillet 1916, dans la sanglante bataille de la Somme (10 000 Anglais tombent la première heure, 20 000 sont tués le premier jour), le travail des femmes dans les usines d’armement (200 000 obus produits par jour en 1916), la réquisition des travailleurs dans les zones occupées par les Allemands, la libération de l’Alsace révèlent des images saisissantes, mêlées à quelques extraits choisis de grands films pour les batailles reconstituées, dont notamment ceux de Griffith et Milestone.

Elle devait être « la Der des der »
Ce conflit extrêmement meurtrier parce que moderne (20 millions d’obus furent lancés dans la bataille de la Somme qui dura 4 mois et demi) a plongé des armées entières dans un paroxysme de souffrances inouïes, en même temps qu’il changeait totalement l’idée que l’on se faisait de la guerre qui était jusqu’alors « napoléonienne ». Cette vision d’un quotidien où régnaient la peur, le froid, l’humidité, les rats, la maladie et la mort, conforte le spectateur dans l’idée que s’est tournée dans ces tranchées une page épouvantable de notre histoire qui dépasse tout entendement humain. La couleur des images colorisées, même blafarde et maladroite par instants, apporte cette touche de véracité contemporaine à des images d’un autre âge qui auraient pu toutefois s’en dispenser tant l’effroi de leur vision se suffisait à lui-même.

S.M.

Écrit par : Moroy | 05/07/2011

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