31.10.2008
L’internationale des «chorâleurs»
Partout dans le monde, des gens comme vous et moi ont décidé de coucher sur le papier les mille et une irritations qui leur pourrissent la vie. Une fois ce petit catalogue établi, ils en font une chanson enlevée et vont clamer leur plaintes en chœurs. En anglais, on appelle ça complaints choirs. Et en finlandais, on dit Valituskuoro.
Parce que le mouvement est né en Finlande à l’initiative de deux jeunes artistes. «Dans notre pays, les gens ne se plaignent jamais de rien, il y a un consensus insupportable, explique Oliver Kochta-Kalleinen. Nous voulions donner aux gens la possibilité d’hurler à la face du monde leur désappointement, leur colère, leur frustration…» En 2005, le jeune homme lance avec sa femme, Tellervo Kalleinen, un site internet pour recueillir les plaintes des gens sur leurs vies et le monde en général. Il n’y a pas de règle, tout y passe : des crottes de chien sur les trottoirs à l’ultralibéralisme, de la vaisselle sale aux patrons libidineux, des factures du plombier à la faim dans le monde… Les sujets ne manquent pas. «Il a fallu faire un gros tri, raconte Tellervo Kalleinen. On a rangé les plaintes par «genres»: politiques, ménagères, ridicules, philosophiques… Puis on a réuni un comité qui en choisi une trentaine.» Deuxième étape du procédé: demander à un musicien de composer une mélodie originale pour chœur. Enfin, réunir quelques chanteurs amateurs et interpréter le chœur de complaintes, si possible dans un lieu public.
Lancé en 2005 à Birmingham, le mouvement a connu un succès croissant grâce à YouTube. Aujourd’hui, des dizaines de chœurs de complaintes ont vu le jour à travers le monde. Les plus hilarants d’entre eux sont réunis sur le site www.complaintschoir.org.
«On a vite été dépassés par l’ampleur du succès de notre processus, confesse Oliver Kochta-Kalleinen. Au début, on allait dans chaque pays qui voulait créer son choeur. Mais ensuite, on a mis un mode d’emploi sur notre site et chacun se débrouille. On suit tout ça parce qu’aucun chœur n’est identique, même si certaines plaintes reviennent tout le temps.»
En Mars dernier, à l’occasion de l’Année de la Finlande en France, un chœur de complaintes français avait été créé. «Les Français, comme à peu près tous les peuples du monde en dehors des pays scandinaves, pensent être les champions du monde de la complainte, raconte Oliver Kochta-Kalleinen. En réalité, tout le monde aime râler, et chanter.»
Benjamin Chapon
>>> Maintenant, à vous de jouer. 2point0 organise son propre choeur de complaintes.
08:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, musique, chapon
30.10.2008
Envie de goûter la nourriture des GI?
Vous redoutez, en temps de guerre, d’être réduit à un régime patates-rutabagas-salsifis, comme vous l’a raconté votre mémé? Il est temps de vous engager dans les forces armées. Car contrairement au civil, le soldat, lui, a sa RCIR (ration de combat individuelle réchauffable), de son petit nom rasquette: 3 200 calories, « couvrant les besoins journaliers d’un combattant, lorsque les circonstances excluent une alimentation traditionnelle », dixit le ministère de la Défense. A lire les quatorze menus, on prendrait bien nous aussi de ce tajine ou de cette blanquette. Et comme aujourd’hui, rien n’est plus facile que de commander sa portion sur Internet, pourquoi manger en vitesse un sandwich le midi alors que l’on peut se faire livrer une jolie Lunchbox, estampillée armée française ?

Après une matinée de travail à marche forcée, le PMF (personnel militaire féminin, soit « femme » en langage de bidasse) à l’origine de ses lignes monte donc son bivouac au milieu du théatre des opérations (« open space » en langage civil), pour déguster un rata bien mérité. Bonne surprise, la boîte est pleine à craquer : biscuits de campagne, nougats, il y a même un sac-poubelle. Passons aux choses sérieuses. Au menu, deux grands classiques : porc aux lentilles ou boudin noir au pommes. Miam. Sauf que les pastilles inflammables du mini-réchaud refusent de prendre feu : il faut s’y reprendre à trois fois, heureusement que les allumettes sont fournies. On se demande comment faire au milieu de la jungle. Deux minutes plus tard, tout le bureau déserte en raison des odeurs de graillon, mais nous, on trouve ça plutôt bon, surtout le porc aux lentilles. Reste à éteindre le réchaud, qui menace sérieusement d’enflammer la table de réunion. « Nous, on pissait dessus, souffle un ancien appelé. » Ils me prennent vraiment pour une bleusaille : il y un distributeur d’eau filtrée juste à côté du camp de base.
Charlotte Mannevy
>>> Recevez la ration des GI américains. C’est sûr, c’est moins bon. Enfin, en fait, on n’a pas testé. Le meilleur commentaire ci-dessous recevra sa dotation. Reçu?
21:09 | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : test, cuisine, guerre, mannevy
Cahier 2.0 du 31 octobre 2008 : le sommaire du spécial guerre
Pour son numéro 17, 2.0 devient 2.007 et appuie sur la gachette. Ca détend...

En "une": le Bond et les méchants
Shopping: Mettez-vous en tenue de combat
Mais d'où qu'il vient, le camouflage?
Week-end: les bons plans du Routard à Derry pour une nuit sanglante
People: Starwar entre Rambo et Tugg Speedman
Jeux vidéo: Gears of War II va faire un carnage
Culture: Après une longue bataille, Frank Turner s'est imposé. On l'a interviewé
Un polar blog moins polar
Cuisine: On a testé la ration de combat des bidasses
TV-médias: La guerre en couleur, c'est moins triste et plus télégénique.
La chroniqueuse n'aime pas le sang
Ce numéro kaki vous agace. Videz votre chargeur sur www.2point0.fr. ça tombe bien, dès aujourd’hui, 2point0 recueille tous vos coups de gueule et vous prépare un grande surprise... ça va saigner.
20:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sommaire
Les méchants secrets des vilains dans James Bond
James Bond n’aurait aucune raison d’être s’il n’avait pas d’adversaire. Comment être à la hauteur quand on doit affronter l’agent secret le plus célèbre du monde? Faut-il être prêt à détruire la planète ou diriger une organisation secrète avec un chat blanc sur les genoux? «Le vrai secret, c’est la sincérité.» explique Roger Moore, qui vient de publier ses mémoires Amicalement vôtre aux éditions de l’Archipel.
Le Britannique sait de quoi il parle: il a joué 007 à sept reprises de 1973 à 1985. «Les méchants doivent être de grands acteurs parce qu’il faut qu’on les sente habités par leur vision. Même quand ils commettent des actes atroces, ils sont persuadés d’être dans le juste et seraient sans doute surpris d’être traités de méchants!» Marc Forster, réalisateur de Quantum of Solace, deuxième opus des aventures de Daniel Craig, a tout de suite saisi l’importance du «vilain».

C’est après l’avoir vu dans Rois et reine d’Arnaud Desplechin qu’il a été fasciné par la richesse de jeu de Mathieu Amalric. «Sa nationalité n’est pas entrée dans l’équation, dit-il. J’aurais pris Mathieu même s’il n’avait pas été français.» Le méchant version 2008 est moins flamboyant que ses prédécesseurs, mais il est tout aussi menaçant. «La James Bond Girl a évolué, elle est devenue une vraie femme, plus une potiche, explique Amalric. Il est normal que le «vilain» suive une évolution similaire.» Dominic Greene, l’homme d’affaires à l’âme noire qui malmène 007, pourrait passer pour un brave type un peu mal dans sa peau. Rien ne permet de soupçonner à quel point il est dangereux. «Mathieu m’avait demandé à avoir des cicatrices ou d’autres signes distinctifs quand il a accepté le rôle, mais je tenais à ce son apparence physique reste le plus ordinaire possible.»
L’acteur français ne s’appuie donc que sur son jeu pour rendre son personnage menaçant. «Le côté visqueux de Greene devait être visible dès sa première apparition. dit-il. Je suis revenu à des choses assez simples pour le composer comme l’absence du père ou la frustration sexuelles, des choses qu’on trouvait déjà dans Shakespeare. J’ai joué la subtilité, mais, quand j’ai vu le film, je me suis dit que j’aurais pu en faire encore moins.» Pour avoir une chance de devenir le prochain ennemi de James Bond, il suffirait donc d’être un bon comédien. «Pas seulement, dit Amalric. C’est aussi une question d’alchimie avec Daniel Craig. Il faut que l’équilibre soit parfait entre 007 et son adversaire sinon c’est tout le film qui s’écroule !» Roger Moore lui donne raison avec son humour british bien connu. «Si je n’avais pas eu de bons méchants, je n’aurais sans doute pas été un bon James Bond».
Caroline Vié
LE FILM : Casino Royale avait constitué un tel choc que Quantum of Solace déçoit un peu. Certes, Daniel Craig vibre de charme vénéneux, Mathieu Almaric fait passer des frissons dans le dos et Olga Kurylenko est une bien jolie personne. On ne s’ennuie pas vraiment, mais l’énergie brute du précédent film est absente de ce second opus, laissant le spectateur sur une impression de trop peu.
>>> Et vous, il vous plait ce James Bond?
20:14 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : médias, cinéma, vié, culture
Camouflez vous
Dans la jungle urbaine, l’ennemi peut venir de partout! Rien de tel qu’un bon camouflage pour jouer les sentinelles des trottoirs et affronter les dangers les plus imaginaires. Inventé lors de la Première guerre mondiale, le motif aux grosses taches de couleur marron et kaki a envahi notre quotidien. On le retrouve partout, surtout où il ne sert à rien: sur une Smart, un tapis déco ou un collier pour chien… Qui le sait? Ces haricots colorés, mille fois revisités-de la musette pour ado aux caddies pour ménagères tout terrain- sont l’œuvre de… Pablo Picasso et de son confrère, le peintre Georges Braque. Ensemble, en 1907, ils déconstruisent les formes et créent ainsi un mouvement artistique révolutionnaire: le Cubisme. Leurs paysages abstraits aux formes géométriques ont inspiré les peintres de la Section camouflage de l’armée française qui ont, les premiers, l’idée de masquer les troupes et le matériel sous d’immenses bâches bariolées. La mode actuelle viendrait-elle d’un besoin d’héroïsme?

Car le style DPM (disrupted material pattern), ou «vert IR Otan» de son nom officiel en français, a plus que jamais la cote! Tout l’équipement du parfait soldat déguisé en feuille des bois est vendu sur www.tam-surplus.fr : gant de combat, blouson bomber… L’alerte générale a même sonnée sur les podiums des grands couturiers : le nec plus ultra des fashion victims, ce sont les accessoires du styliste Jean-Charles de Castelbajac qui a fait de la tenue «cam» sa marque de fabrique. Passionné d’histoire militaire, il décline tout en vert bouteille et jaune des sables: Notebook (13,99 € sur www.shoppingvictime.com), gant de cuisine (9 € sur www. boutiquebo.fr) ou encore la Smart Fortwo (11860 € sur www.smartupfrance.com). De l’artiste Pop américain Andy Warhol et ses autoportraits en guerrier de l’art à Sébastien Gouju, 30 ans, auteur d’une installation intitulée Les Soldats (2007) et montrant une armée lilliputienne cachée sous un lit de feuilles, la guerre n’a pas fini d’inspirer les artistes.
Retrouvez toute l’actu de l’art et du design sur le blog d'Alexia Guggémos, Delire de l'art
Alexia Guggémos
20:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shopping, camouflage, guerre, guggémos
Shopping Army
Bombes atomiques, parez-vous pour l’hiver! Si l’envie vous prend d’être sapée comme un avion de chasse, rien de tel qu’une touche de camouflage dans votre garde-robe pour être canon. Mais attention, on vous parle bien d’une touche, pas d’un total look. Si vous comptez vous la jouer Demi Moore dans «G.I Jane», la «fashion-army» ne manquera pas de vous fusiller sur le champ de bataille. On passe les troupes en revue…
Parka, débardeur, casquette…
Choisir sa parka, c’est comme choisir son régiment… Ce n’est pas les options qui manquent. Les plus fauchées piqueront la veste du service militaire de papa mais le mieux reste quand même de casser sa tirelire. Pour les plus modasses d’entre vous, ne sautez pas sur une mine mais sur la veste Mob Boss de Reef qui offre une coupe plus girly (125 euros). Sur le front des débardeurs, toutes les marques de prêt à porter ont décliné leurs modèles sexy dans des motifs qui fleurent bon le fusil. Pour vous distinguer de votre camarade de chambrée, filez chez American Apparel et craquez pour le U-Neck Tank en couleur navy (22 euros). N’oubliez pas le couvre-chef. Plus chic qu’un béret de gendarme, MLB propose une casquette de guérillero à faire pleurer Rambo (30 euros).
Treillis, pompes…
Quel pantalon est plus résistant et pratique qu’un treillis mon général? Vous séchez ? Corvée ! Revers de la médaille d’honneur du treillis, question coupe, on a vu mieux. Jouez donc à fond le côté oversize, ça fera un effet baggy explosif. Allez donc faire un tour d’hélico dans un de ces Surplus militaires qui bordent les routes nationales. Ok, ça fouette un peu la testostérone mais au moins vous avez un large choix de tailles. Pour vous chausser, Kickers a eu la riche idée de revisiter la fameuse paire de Rangers (179 euros). Bonne nouvelle, le confort de marche a été optimisé. Les vilaines ampoules après un bivouac dans le Bois de Boulogne ne seront plus qu’un mauvais souvenir de guerre.
Cédric Couvez
20:03 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : shopping, mode, guerre, couvez
La guerre prend des couleurs
Petit exercice mental. Imaginez une tranchée de 14-18, Churchill ou des GI's sur une plage de Normandie. Comment surgissent-ils? En noir et blanc. Et pour cause, "il y a association automatique entre ces périodes de guerre et des films zébrés de striures", explique le réalisateur Daniel Costelle. Mais la donne change. Costelle prépare, par exemple, Apocalypse une série sur la 2nde guerre mondiale avec des archives minutieusement colorisées. Elle sera sur France 2 à l'automne 2009 " en prime time. Pour toucher un public plus jeune, la colorisation est indispensable." Pour cela et aussi "pour rendre ces conflits plus proches, plus perceptibles", précise Jean-François Delassus, dont le 14-18 le bruit et la fureur, le 11 novembre sur F2, est lui aussi passé à la palette. L'historien Jean-Pierre Verney a supervisé sa colorisation: "j'ai donné des précisions pour les uniformes, du coloris de leurs boutons à celui des décorations. Si le noir et blanc figent les choses, là on s'y croirait".
[Sur YouTube, on peut déjà trouver quelques archive couleurs du conflit]
Un tournant chatoyant amorcé dans les années 2000 grâce à la diffusion d'archives, cette fois originellement shootées en couleurs. René-Jean Bouyer a ainsi collecté dans Ils ont filmé la guerre en couleur des milliers d'heures de rush d'amateurs, tournées en kodachrome entre 39 et 45. Pourquoi ont-elles surgi il y a si peu de temps? " Parce que ceux qui avaient filmé ces images ont commencé à disparaître,souligne Bouyer. Leurs héritiers ont alors confié ces pellicules retrouvées dans des greniers à des institutions."
Artificielle ou originelle, il faut donc désormais " absolument de la couleur", estime Anne Grolleron, responsable des achats de la chaîne Histoire. C'est un phénomène général". Les Anglo-saxons ont, en effet, aussi produit des docs à base d'images originales en couleurs, comme The WarWar in Colours actuellement sur Histoire. Un immense progrès? "Pour la colorisation, le débat demeure, nuance Bouyer. C'est comme pour le doublage. Il y a ceux qui n'acceptent que les VO, mais aussi ceux qui ne regarderaient jamais le film s'il n'avait pas été doublé."Des goûts et des couleurs, on ne guerroie point. diffusé sur Arte ou War in Colours actuellement sur Histoire. Un immense progrès? "Pour la colorisation, le débat demeure, nuance Bouyer. C'est comme pour le doublage. Il y a ceux qui n'acceptent que les VO, mais aussi ceux qui ne regarderaient jamais le film s'il n'avait pas été doublé."Des goûts et des couleurs, on ne guerroie point.
Alice Coffin
20:02 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : médias, guerre, coffin
La chronique d'Anne Kerloc'h: la bombe chantilly
Ceci est une supplique pacifique. Joyeuses consoeurs et jouasses confrères, ôtez vos pataugas et videz votre chargeur à métaphores. Stop à la grammaire qui perd ses viscères, halte au massacre des bébés phrases. Ne puisez plus votre inspiration au rayon chasse, pêche et coutellerie du catalogue Manufrance. Ne vous enivrez plus d’articles qui confondent petit plomb et ponctuation, décharge d’Uzi et trait d’esprit. Que s’éloigne à jamais le temps des «roulements de tambour» et des «pris entre deux feux». Que s’éteignent les «batailles de géants» quand deux fabricants de râpe à rutabaga «partent à la conquête» du marché biélorusse. Faites la frangipane, pas la guerre. Pour une société pacifiée et croustillante, 20 minutes vous propose d’adopter la métaphore macaron, nouvelle tendance de saison. Désormais nous serons délicieusement «pris entre deux coques» pendant que dans la douceur de l’automne monteront des « roulements de ganache ». Notre cœur sera tendre, voire «moelleux». Et nous spatulerons ensemble.
Retrouvez toutes les chroniques d'Anne Kerloc'h en cliquant ici.
Anne Kerloc'h
19:57 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, chronique, kerloc'h
Frank Turner: «On peut faire de la bonne musique avec juste une guitare»

Nos internautes vous ont élu. Heureux?
Oh oui! Mais ne me dites pas contre qui je concourrais : je préfère imaginer que c’était contre Elton John et freddie Mercury.
Euh, Freddie Mercury est mort…
Oui, c’est vrai. Mais quand même.
Comment êtes-vous passé du hardcore à la folk?
Pendant huit ans, avec mes précédents groupes, j’ai hurlé ma rage tous les soirs, dans tous les endroits possibles. J’étais fatigué à la fin. Et puis mes goûts musicaux ont évolué. Quand Million Dead s’est séparé, j’ai décidé de ne plus faire partie d’un groupe. Les opinions diverses ont tué le groupe. C’est difficile à gérer, notamment en tournée. Là, il n’y a que moi et ma guitare.
Vous faisiez déjà des concerts solo à l’époque de Million Dead…
Oui, quelques uns. Mais c’était de temps en temps. Je joue de la guitare depuis que je suis tout petit. Les premiers solos n’étaient que pour rigoler. Et puis, d’un coup, mon groupe n’existe plus, et je me retrouve à en faire plus!
Votre second album est sorti en mars. En quoi est-il différent?
L’enregistrement a été fun. J’avais été en tournée non stop jusque là. Toutes les chansons ont été écrites dans des chambres d’hôtel, des trains, des bus ou des avions. On a monté un petit studio dans une grange. Il n’y avait que le producteur, moi et… des chevaux! On a travaillé d’arrache-pied pendant un mois. En général, six mois après la sortie d’un album sur lequel j’ai travaillé, je hais tous les morceaux. Mais là, pour la première fois, je les aime toujours autant. J’ai dû faire quelque chose de bien!
C’est peut-être les chevaux?
Probablement! Quand on a enregistré les percussions, ils sont devenus dingues. Ils se sont mis a courir dans tous les sens et faisaient des bruits bizarres. Malheureusement, on n’a pas pu utiliser les pistes où on entendait les chevaux. On voulait vraiment, pourtant. La prochaine fois, peut-être?
Vous avez déjà des fans très fidèles…
Depuis quelques temps, il y a des gens qui viennent me montrer leur tatouage avec mes textes. C’est génial, mais c’est aussi un peu dingue! L’autre jour, je me tenais à côté du stand de tee-shirts quand une femme commence à se déshabiller devant moi. Je me suis demandé ce qu’il se passait. En fait, je n’étais pas aussi veinard que je le croyais : elle m’a juste montré son dos, où elle s’était fait tatouer les paroles d’une de mes chansons. C’est très flatteur, ceci dit!
Les choses décollent pour vous, non?
Oui. Aux Etats-Unis, il y a une petite révolution musicale : les punks découvrent la guitare acoustique. Ils adorent les Britanniques en plus, surtout notre accent. Ce qui aide pour séduire un public outre-Atlantique! Bien sûr, j’ai été le premier à faire ça (rires).
Un concert par soir, vous êtes un marathonien de la scène?
En effet. En trois ans, j’ai fait plus de 550 concerts. Et enregistré deux albums et deux EPs. Il n’y a rien au monde que j’aime plus que la scène. Je reviens d’une tournée aux Etats-Unis. De retour au Royaume-Uni, je n’ai eu qu’une seule journée de repos. Je crois que mon label veut ma peau (rires).
Et comment entretenez-vous votre voix?
Je bois du vin blanc. C’est mon secret. Très bon pour la voix, moins bon pour la tête! J’aime un blanc sec. Avant, je buvais du bourbon. Mais ça me rendait vraiment dingue. Il y a quelques années, à Liverpool, j’avais tellement bu de bourbon, que la seule chose dont je me souviens, c’est d’être monté sur scène et d’avoir commencé le concert par «Salut, je m’appelle Frank Turner et je suis complètement bourré». Il paraît que ça s’est bien passé.
Vos textes parlent souvent de boisson, d’ailleurs…
Ah, la culture britannique! On est tous un peu alcolos, ici. J’écris sur ma vie et les choses que je connais, sur des moments particuliers, spéciaux. Pas sur l’ennui. Et en général, quand je suis au pub avec mes potes, c’est spécial. Mais bien sûr, il n’y a pas que l’alcool dans ma vie, hein!
Vous vouliez montrer qu’on pouvait «faire de la folk sans ressembler à James Blunt», non?
Quand on parlait d’auteur-compositeur avec guitare acoustique, avant, on associait ça à Neil Young. Mais de nos jours, on pense surtout James Blunt et compagnie. Je suis sûr qu’il est très sympa, mais sa musique est ennuyeuse. Quand on vient de la scène punk, cette association est gênante. On peut faire de la très bonne musique avec juste une guitare. C’est ce que j’essaie de faire.
Vous ne quittez jamais votre guitare?
C’est ma joie et ma fierté. Je l’emmène partout! Elle a été fabriquée spécialement pour moi, alors elle m’est très chère. Mon ancienne guitare, avec plein de stickers, a été volée en Finlande il y a deux ans. C’était horrible.
Et le troisième album?
Il se prépare… dans ma tête pour l’instant! On devait enregistrer au printemps. Mais comme je commence à avoir du succès outre-Manche, tout est chamboulé. L’album sortira en 2009, mais pas avant octobre probablement.
Blog, vidéo… Vous accordez beaucoup d’importance au Web?
C’est sympa de bloguer. J’ai acheté une caméra il y a quelques temps. Et quand je suis dans un train ou dans un bus, c’est marrant de monter des vidéos.
Vous serez à Paris le 18 novembre, à La Flèche d’Or. Vous avez hâte?
Je n’y suis jamais encore allé, mais des amis m’ont dit que c’est une belle salle. C’est vrai?
Oui, mais il y fait très chaud. Oubliez le tee-shirt blanc…
Ah oui? Merci du conseil! Sur scène, il n’y aura que moi et ma guitare. En Grande-Bretagne, j’ai droit à un super groupe, parce que ça commence à marcher et qu’on peut les payer! Mais pour l’Europe, c’est autre chose… On fait deux semaines en novembre, puis on revient en février, avec le groupe Gaslight Anthem. J’ai hâte d’y être. Les Etats-Unis, c’est bien, mais c’est vite ennuyeux. Alors que l’Europe… J’ai étudié l’histoire. J’adore voyager sur le Vieux-Continent en lisant des livres. Les tournées ne sont pas le meilleur moment pour jouer au touriste, malheureusement. On visite surtout l’arrière des salles de concert et les routes. Mais on rencontre des tas de gens. Certains m’ont nourri, ou laissé dormir chez eux. C’est vraiment une expérience. Cette fois, on y va en voiture. Mais je ne sais pas conduire, alors un pote me sert de chauffeur! Ça devrait être génial.
Recueilli par Ulla Majoube
19:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : frank turner, interview, folk, majoube
Un tour à Londonderry pour Halloween
Friday Bloody Friday. Qu’on l’appelle Londonderry comme sur les cartes britanniques ou Derry, son appellation historique, le port nord-irlandais est LE lieu pour un week-end mortel. Célèbre pour l’insurrection qui s’y est déroulée de 1969 à 1972, Derry est ausi la capitale européenne d’Halloween. Son carnaval se tient aujourd’hui et demain. Vous y croiserez de la sorcière en papier crépon, du fantôme sous drap et de la citrouille en veux-tu en voilà. Le défilé s’achève par un feu d’artifice, en pleine nuit... à 20 h. C’est ça la magie des soirées d’octobre.

Si le Trick or treat ! (Des bonbons ou un mauvais sort !) ne vous prend pas aux trippes, vous pourrez rechercher dans le Free Derry Corner des stygmates de la guerre civile. Impossible de vous tromper, le « panneau » d’entrée du quartier est peint en lettres noires sur un immeuble : « You are now entering Free Derry ». A quelques pas de là, se tient le mémorial du Bloody Sunday, une manifestation réprimée par les paras anglais qui avait fait quatorze morts. Non loin, un « H » géant rend hommage aux grévistes de la faim irlandais. Pendant le carnaval, la zone regorge de gosses en manque de sucre. De quoi faire plaisir à Bobby Sands, qui pendant sa grève déclarait : « Le rire de nos enfants sera notre revanche ».
L. B. et la rédaction du Routard
19:52 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : tourisme, guide, routard, irlande du nord, bainier












