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19/02/2009

Berlin est graff sous les bombes

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N’y allons pas par quatre chemins enneigés, architecturalement parlant, Berlin est loin d’être la plus belle capitale d’Europe. Si les gros blocs d’inspiration soviétiques font toujours leur effet, 80 % de la ville ressemble à une ZUP constellée de barres d’immeubles reconstruites après-guerre. Pour égayer leur cité grisâtre, la jeunesse berlinoise s’adonne à une passion : le graffiti. Des tréfonds du métro aux cimes des immeubles, des terrains vagues aux beaux quartiers, la peinture urbaine s’immisce dans chaque recoin. Seules les tours de verres futuristes de Potsdamer Platz échappent encore à ces artistes de rues. « Le graff est avant tout une histoire de nom. Être connu sans être reconnu… », résume Gerhard, jeune peintre de 22 ans. Cagoule sur le nez et échelle sous le bras, notre homme arpente les rues la nuit tombée : « C’est comme un jeu vidéo. Avant de prendre du plaisir en graffant, il faut trouver un lieu et c’est souvent très rock’n’roll. »

On ne peut pas plaire à tout le monde

Car si tous les touristes s’accordent à dire que cette forme de street-art fait partie des attractions locales, certains riverains ne peuvent plus la voir en peinture. Depuis 1994, Karl Hennig a fondé l’association « No Fitti » : « Le but est de nettoyer nos quartiers. Nous avons cinq bénévoles qui repeignent les bancs publics tagués dans les parcs. » Ce quinquagénaire droit dans ses bottes se félicite d’être épaulé par la police. En 2002, le commissaire Marko Moritz a monté une brigade spéciale de 36 personnes. Jumelles infrarouge, hélicoptères, ce commando ne chipote pas pour traquer les vandales et multiplier les interpellations en flag’. Une répression qui pousse les graffeurs à des prouesses techniques : « Le style berlinois est très particulier. Ils font d’énormes lettrages « old-school » comme au début du mouvement new-yorkais mais sont encore plus rapides que les Américains. Ils peuvent repeindre tout un métro en moins de 6 minutes », assure Fat Boris, artiste français qui multiplie les voyages à Berlin depuis quatre ans.

Alors, pour éviter de croupir en prison et payer leurs binouzes, ces accros à la bombe monnaient leurs savoir-faire aux marques. Dernièrement, Nike vient de s’offrir un mur entier dans une rue commerçante. « Certains nous accusent de vendre notre âme au diable mais personnellement, ce qui m’amuse, c’est de vivre ici en bossant deux heures par jour », se défend Eliot. Ce dernier expose en ce moment à la Hip Hop Stutzpunkt. Ce building en briques rouges de trois étages est un projet expérimental fondé par Zebster, une des légendes du graffiti depuis vingt-cinq ans : « Mon idée est de transmettre aux jeunes générations l’essence de notre culture. Dans cet immeuble, il y a une galerie, un studio d’enregistrement pour les rappeurs, nos bureaux, mon appart et bientôt un musée. » Une Factory à la Warhol ? « Pas vraiment, je ne fais pas ça pour que l’on parle de moi mais pour que l’on comprenne notre art. Ce n’est pas un concours de branchitude ici. » Fière de son ambiance « bohème décadente », Berlin est un vivier d’artistes underground qui n’ont que faire du bling-bling. Bien loin des dérives du hip-hop transatlantique, la ville s’impose comme l’épicentre de la résistance. Reste à savoir si l’équipe de choc du commissaire Moritz ne mettra pas fin à cette belle utopie lorsque l’économie locale aura décollé grâce au tourisme… urbain.

Cédric Couvez

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