19.02.2009
Le polar blog
Bernie Gunther est un privé comme on ne s’y attend pas. Vétéran de guerre, ancien commissaire de police, il s’est spécialisé dans la recherche de personnes disparues. Jusque-là, rien de neuf. Sauf que Bernie enquête dans le Berlin de 1936, une époque riche en disparitions et en fuites, alors que les nazis s’apprêtent à accueillir les JO et « nettoient » la ville. Publiée au début des années 1990, « La Trilogie berlinoise » du Britannique Philip Kerr – L’Eté de cristal, La Pâle Figure et Un requiem allemand – évoque l’Allemagne du IIIe Reich, de la violence euphorique des années 1930 jusqu’aux décombres de l’après-guerre. La qualité et l’originalité de la trilogie repose sur sa proximité revendiquée avec la tradition américaine du polar hard boiled des années 1920. Bernie Gunther est le double berlinois de Philip Marlowe ou Sam Spade, de Chandler et Hammett. Un enquêteur désabusé et insolent face à la violence du monde. Des prostituées aux banquiers, en passant par les industriels et les puissants du Reich (Himmler, Goering…), Gunther traversera son époque, bouffie de cupidité et percluse de violence. Un homme seul face à un monde décadent dont la chute historique est déjà connue du lecteur. Signalons que « La Trilogie berlinoise » vient de reparaître, retraduite, en un seul volume, et que la suite des enquêtes du privé Bernie est annoncée prochainement.
« La Trilogie berlinoise », Philip Kerr, Ed. du Masque, 836 p., 24 €.
Bastien Bonnefous
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12.02.2009
Le sexe des anges
Zel est tueur à gages. Son employeur se prénomme Gabriel, et c’est un ange. Le contrat est relativement clair : Zel doit buter le Diable, en goguettes à New York. Sauf que dans un dancing marseillais, entre deux cocktails « marie-salope » - des bloody mary – Zel tombe sur Nombril, bombe sexuelle rousse affublée du plus beau nombril sur le caillou terrestre, qui « boit des vers » de Maïakovski comme d’autres descendent les demis de Kronenbourg. Cerise sur le gâteux, la boîte phocéenne est aux mains d’un gros, gros méchant pas du tout commode surnommé « La Trique ». Forcément, tout va vite partir en sucette et Zel se retrouver au centre d’un sacré paquet d’emmerdes.
Il semble clair qu’Un ange sans elle, de Serguei Dounovetz, est un roman totalement allumé, délire mystico-tarantinonesque boosté aux hormones. Frankestein littéraire mixant polar, conte gothique et western urbain, c’est avant tout un roman d’amour absolu qui parle de sièges en cuir rouge, de taureaux, des chiens-loups Landru et Petiot, de David Goodis, d’Alfa Romeo et de Smith&Wesson, et de la mafia russe de Little Odessa. Dounovetz, auteur exalté réfugié dans les Pyrénées-Orientales, est un habitué du mélange des genres, le tout tenu dans un appareil poétique tous azimuts.
Un ange sans elle, Serguei Dounovetz, Moisson rouge, 243 p., 15€.
Bastien Bonnefous
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29.01.2009
Oedipe in your ass
Allumez vos écrans, sortez vos souris, exercice de cette semaine : quel est le plus vieux roman policier de l’histoire de la littérature ? Vous avez un feuillet. Les historiens situent généralement la naissance du roman policier au milieu du 19e siècle. Deux dates : 1833 pour Balzac et son Histoire des Treize, ou 1841 et la nouvelle d’Edgar Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. Le baptême du roman noir remonte, lui, aux années 1920 aux Etats-Unis, avec pour curé Dashiell Hammett, père du genre hard-boiled (un privé dur-à-cuire mène l’enquête).
Reste que des petits malins n’hésitent pas à dater au carbone 14 la naissance du noir en… - 430 av JC, avec l’Œdipe roi de Sophocle. Pour preuve, le classique avait été réédité par la Série Noire en 1994, en guise d’hommage et de pied-de-nez à la fois. Signalons à l’occasion, la parution d’Une brève histoire du roman noir, par l’excellent gourou français du genre, Jean-Bernard Pouy. Dans son anthologie subjective et amoureuse, Pouy voit dans Œdipe « le premier détective de l’histoire de la littérature », sur les traces de l’assassin impuni de Laïos, ancien roi de Thèbes. A la fois enquêteur, coupable et victime, le garçon découvrira en chemin « sa véritable identité et sa propre culpabilité » et la preuve qu’il est « bien inutile de vouloir aller contre son destin ». Quand on vous dit que le polar, c’est autre chose qu’Higgins Clark.
Une brève histoire du roman noir, Jean-Bernard Pouy, L’œil neuf, 130 p., 14,90 €.
Bastien Bonnefous
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22.01.2009
Montalban ou le fantôme de Carvalho
Il a beau être mort à Bangkok en 2003, Manuel Vasquez Montalban incarne à jamais le polar catalan. Né en 1939 à Barcelone, ce journaliste, ancien militant communiste qui connût les prisons franquistes, est l’un des pères fondateurs du genre noir ibère, à travers son personnage mythique de privé, Pepe Carvalho.
Créée en 1972, la saga Carvalho couvre près de trente ans de littérature espagnole. Personnage complexe – à la fois ex-agent de la CIA et ancien militant rouge – Pepe est un enquêteur davantage porté sur la victime que sur le coupable. Né avec la chute du franquisme, il incarne surtout cette Espagne des espoirs démocratiques déçus et de la fin des utopies politiques. D’où son goût prononcé pour les marginaux, comme ses acolytes Biscuter l’ancien petit voyou, ou Charo la pute de luxe.
Amoureux de la gastronomie – chacun de ses romans regorge de recettes de cuisine – Montalban a profondément marqué le genre avec Le Prix, Les Thermes, ou Milenio. Sans lui, le commissaire Montalbano (hommage patronymique direct) du Sicilien Andrea Camilleri ne serait sans doute pas, tout comme le Fabio Montale du Marseillais Jean-Claude Izzo.
Le labyrinthe grec, Manuel Vasquez Montalban, Points-Seuil, 224 p., 6,5 €.
Bastien Bonnefous
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15.01.2009
Adoption, piège à cons
Auteur français trop peu connu, je demande Didier Sénécal. Roman après roman, cet ancien journaliste bâtit une œuvre astucieuse et divertissante. Avec à chaque fois pour maître d’ouvrage, le commissaire Lediacre, patron de la brigade des Intouchables, chargée de faire tomber les puissants de tout poil (c’est de la littérature, bien sûr.
Après les people ou les politiques dans de précédentes enquêtes, Lediacre et Sénécal s’attaquent dans ce quatrième livre à un des piliers du capitalisme moderne : le charity business. Pierre-Guillaume Heuzé – prononcez PGH – en est la véritable égérie intellectuelle, président charismatique et à chemise rouge, de Mômes, ONG censée venir en aide aux orphelins du monde entier. Lediacre et son instinct vont prouver une fois encore que, bien souvent, derrière l’ange se cache le démon : abus de biens sociaux, trafics, adoptions illégales…
Les petites filles et les petits garçons est un roman nerveux et cruellement drôle, qui s’attache à déboulonner les statues avec une vraie jouissance. On sent que Crozemarie, l’Arche de Zoé ou le tsunami de 2006 sont passés par là. Comme toujours chez Sénécal, rien n’est vrai, mais tout est crédible.
Les petites filles et les petits garçons, Didier Sénécal, Fleuve Noir, 247 p., 18 €.
Bastien Bonnefous
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09.01.2009
La fin de vie n’est pas une fête
La vieillesse est un naufrage, a écrit De Gaulle. Le navire ici a pour nom « Les Conviviales » : « Club-House » avec piscine, « maisons dédiées au confort », « du soleil toute l’année ». Et surtout « une résidence clôturée et sécurisée » avec gardien. Le tout pour «seniors » qui veulent « vivre une retraite active ». Martial et Odette, Maxime et Marlène, Léa, tous retraités, vont plonger dans ce paradis de toc. Bien sûr, la formidable résidence pour troisième âge va vite se transformer en huis clos étouffant. Un piège à rêves cerné de caméras de surveillance, où les angoisses de chacun, les phantasmes des uns, les obsessions des autres, vont s’épanouir jusqu’au drame.
Fils caché de Simenon et Westlake – que les amateurs du genre regrettent tous déjà - Pascal Garnier dit dans ses romans fins et drôles autant que noirs et acerbes, plus sur notre monde que bien de thèses sociologiques. La vieillesse ? Impossible d’en sortir vivant.
Lune captive dans un œil mort, Pascal Garnier, Zulma, 157 p, 16,50€.

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11.12.2008
Remington de Joseph Incardona
Sur ma Remington portative…
Matteo Greco a décidé de s’en sortir par ses mains. Soit en frappant sur un ring de boxe, soit en écrivant le grand livre de sa minable vie. Sauf que chômeur à temps partiel et vigile par la force des choses, il n’a pas les moyens de créer sur traitement de texte. Il aurait pu choisir le minitel, ce sera plutôt une vieille Remington portative, inventée il faut le rappeler, par un fabricant de carabines.
Nouvelle après nouvelle, il s’entraîne assidûment, jusqu’à ce que la machine et le cœur s’emballent un soir de rencontre à l’atelier d’écriture, avec Elsa, qui va rapidement devenir sa muse fatale. Deux apprentis auteurs dans le même lit ne peuvent que rapidement verser dans le cannibalisme littéraire. Remington est le troisième roman de Joseph Incardona, écrivain suisse qui anime lui aussi des ateliers d’écriture. Un roman violent et doux sur le miracle et les aléas de la création, combiné à un polar nerveux et ironique sur la soif de réussir. Ou quand très vite, l’encre se mêle de sang. Une réussite.
Remington, Joseph Incardona, Fayard Noir, 316 p., 19 €.
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Bastien Bonnefous
11:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, livre, polar, bonnefous












