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18/12/2008

Un petit tour hippie s’en va

On disait le commerce de hash à l’air libre définitivement rayé du quartier mais la première image que l’on a de Christiania en ce dimanche de décembre est celle d’une table couverte d’échantillons de beuh. Dans la rue centrale de la communauté libre fondée en plein coeur de Copenhague il y a 37 ans, les familles jettent un oeil amusé au vendeur. Ici, la norme, c’est l’étrange. Pour quelque temps encore, du moins. En février, les tribunaux se pencheront sur un recours des Christianites. Les habitants du quartier reprochent à l’Etat danois de les chasser peu à peu de leurs 32 hectares de terres, occupés sans droit de propriété depuis 1971. Ce n’est pas le premier combat mené par la communauté de hippies et nombreux sont les habitants qui veulent croire que la justice, cette fois encore, leur donnera raison. Mais l’ancienne base militaire, qu’on quitte en passant sous un panneau « Bienvenue en UE », a déjà perdu bien plus.

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Un quartier policé

«Le vieux Christiania est mort. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un zoo, où les familles viennent voir des babs en liberté», analyse Jon, un quinqua barbu qui fume son joint au bord de l’eau. D’apparence, rien n’a changé dans cet amas de ferrailles taguées et de déchets recyclés. Mais en pénétrant dans la halle couverte où se tient le marché de Noël, on comprend que l’esprit libertaire des débuts est déjà loin. «C’est un chouette coin pour ramener des petits cadeaux de Noël, assure Julia sans lâcher du regard sa petite fille. On trouve pas mal de petits bijoux ou de sapes marrantes.» Des poupées russes Ben Laden pour l’anti-conformisme, quelques bangs pour le folklore et pas mal de bibelots sans originalité pour remplir les caisses.

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Sur les mille habitants que compte officiellement la ville, on trouve beaucoup d’artistes. Quelques galeries ont fleuri dans les entrepôts délabrés. Mais le vrai foisonnement artistique de la ville n’est plus là. «Les fous aussi vieillissent, commente Jon. Certains s’embourgeoisent, d’autres ne supportent pas de voir leurs anciens copains de galère renier leurs idéaux. Il reste de belles choses ici, mais ce n’est plus la cité exemplaire des débuts.»

Cette année encore, un million de touristes auront déambulé entre les panneaux «interdit de photographier» du quartier. Chaque jour, à 15 h, une visite guidée de Christiania est organisée à leur intention. Ils ne sont pas les seuls à venir faire un petit tour chez les hippies. Le Manefiskeren, l’un des gros bars du quartier, annonce fièrement sur un panneau qu’il est le café le plus sûr du monde: il aurait subi plus de 6 000 inspections de policiers armés en quatre ans. Christiania ne fait peut-être plus rêver les babas, mais il fait encore fantasmer les forces de l’ordre.

Laurent Bainier

11/12/2008

Remington de Joseph Incardona

Sur ma Remington portative…

Matteo Greco a décidé de s’en sortir par ses mains. Soit en frappant sur un ring de boxe, soit en écrivant le grand livre de sa minable vie. Sauf que chômeur à temps partiel et vigile par la force des choses, il n’a pas les moyens de créer sur traitement de texte. Il aurait pu choisir le minitel, ce sera plutôt une vieille Remington portative, inventée il faut le rappeler, par un fabricant de carabines.

incardonaremington.jpgNouvelle après nouvelle, il s’entraîne assidûment, jusqu’à ce que la machine et le cœur s’emballent un soir de rencontre à l’atelier d’écriture, avec Elsa, qui va rapidement devenir sa muse fatale. Deux apprentis auteurs dans le même lit ne peuvent que rapidement verser dans le cannibalisme littéraire. Remington est le troisième roman de Joseph Incardona, écrivain suisse qui anime lui aussi des ateliers d’écriture. Un roman violent et doux sur le miracle et les aléas de la création, combiné à un polar nerveux et ironique sur la soif de réussir. Ou quand très vite, l’encre se mêle de sang. Une réussite.


Remington, Joseph Incardona, Fayard Noir, 316 p., 19 €.


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Bastien Bonnefous

04/12/2008

La fille de Carnegie de Stéphane Michaka

Au théâtre ce soir: meurtre

Jamais Français n'avait intégré le très fermé "club des centaines" de Rivages. Jusqu’à présent, la vénérable maison du polar et roman noir réservait ces numéros 100, 200 et suivants, à ses poids lourds anglo-saxons, type Ellroy, Cook, Thompson, Westlake … C’est peu dire que Stéphane Michaka, auteur de théâtre de 34 ans, entre par la grande porte avec son premier roman, La Fille de Carnegie, siglé n°700. Emballé par sa pièce du même nom en 2005, François Guérif, le phare de Rivages, avait poussé Michaka à l’adapter en roman. Meurtre au Metropolitan Opera de New-York.

fille de .jpgLa Flûte enchantée sur scène, trois balles dans le buffet en loge. Le lieutenant Tourneur, policier borderline, est chargé de l’enquête. Rapidement, les soupçons se portent sur Lagana, ex-flic passé à la finance de Manhattan, que Tourneur vomit. Les deux hommes vont donc s’expliquer, virils et pas toujours corrects, durant une longue nuit de garde à vue. Un premier roman tenu, qui prend naturellement sa place à New-York, sans pour autant plagier le Lonely Planet comme trop souvent les polars français situés outre-Atlantique. Un ton à la fois dur à cuire et lyrique. Un petit bonbon Michaka (facile).

La fille de Carnegie, Stéphane Michaka, Rivages Noir, 562 p., 10,50€.

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27/11/2008

Une capitale à musées amusants

Amsterdam est une ville-musées. Pas de celles qui classent la moindre façade pour être sûres que rien ne change. Non, une ville qui sait que le parapluie est livré avec le touriste à la gare centrale et qu’une fois la pause folklorique au coffee-shop achevée, le visiteur n’aura qu’une envie: s’abriter. En dehors des monumentaux Rijksmuseum et Van Gogh Museum, une flopée de musées improbables ont poussé comme des tulipes au pied d’une meule de gouda.
Comme chaque capitale qui respecte son quinqua en manque d’amour, Amsterdam a un musée érotique, deux même. Le Temple de Vénus (3 €, Damrak, 18), autoproclamé plus vieux du genre, se penche sur le sexe dans l’art tandis que l’Erotic Museum  (5 €, Oudezidjs Achterburgwal, 54) explore l’histoire du Red Light District et des pratiques sexuelles qui y eurent cours.
A quelques pas de là, une autre spécialité artisanale locale a droit à son antre: le cannabis. Le musée du hachisch, de la marijuana et du chanvre (5,70 €, Oudezijds Achterburgwal, 148) retrace huit mille ans d’usage de l’herbe-que-n’aime-pas-les-douaniers. Si en cherchant l’un de ces trois lieux, vous êtes entrés au musée de la péniche (3.25 €, Prinsengracht, 248), c’est que vous avez besoin de lunettes. Un tour au National Brilmuseum (4,50 €, Gasthuismolensteeg, 7), le Louvre des binoclards, s’impose.

 

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L'Heineken Experience


Descendez ensuite le long de l’Amstel et découvrez l’Heineken Experience (10 €, Stadhouderskade, 78) entièrement dédié à la «bière qui fait aimer la bière» ou retournez dans le centre visiter le musée de la Vodka (7.50 €, Damrak, 33), plus intéressant. Dans les deux cas la visite se termine généralement au bar. C’est toujours plus sympa que le musée de la Torture (5 €, Singel, 449).

Laurent Bainier

De l’art chez les cochons

Impossible pour un homme d’avouer qu’il part en week-end à Amsterdam sans qu’un collègue égrillard ou un pote frustré lui lance, d’un air entendu: «tu vas faire du lèche-vitrine dans le Quartier Rouge ?» Le quartier rouge, De Wallen pour les autochtones, Red Light District pour les anglophones, excite depuis des lustres les touristes attirés par les néons rouges et par les «dames de Dam» qu’ils éclairent.
Mais depuis le début de l’année, ces prostituées ont de nouveaux voisins: une grosse quinzaine de jeunes stylistes. Choisis pour leur potentiel artistique, ils bénéficient pendant un an d’un logement et d’un lieu d’exposition en plein cœur du quartier. Soucieuse de gommer son image sulfureuse, la municipalité a déboursé 15 millions d’euros pour racheter au magnat néerlandais du sexe Charles Geert 51 vitrines. Et en transformer une bonne partie en résidence d’artistes. Ainsi est né le Redlight Fashion. Entre les chambres en carton pâte dans lesquelles les travailleuses du sexe attendent le chaland en tapotant sur la vitre, on se rince désormais l’œil sur les vaches en peluche du Studio Bas Kosters ou les escarpins sur croc de boucher de Roswitha van Rijn.

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Fin septembre, sept joailliers ont rejoint les couturiers, faisant de ce quartier situé à 50 mètres de la gare le haut-lieu de l’avant-garde amstellodamoise. «Au début, ça me glaçait de venir faire des repérages ici, dans un coin où je n’allais jamais, explique Nadia, jeune mannequin hyper stylée. Je me demandais qui était réellement la prostituée, les filles en vitrine ou moi, qui dépense des fortunes pour mettre mon corps en avant. Et puis, ça m’est passé. Maintenant, je n’y fais plus gaffe.» Les prostituées non plus. Elles ont pour elle la force du nombre, car si certaines rues, notamment autour de l’ancienne église, sont envahies par les galeries, la majorité du «district» reste dédiée au sexe. De quartier louche, De Wallen est simplement devenu un quartier où l’on louche : un œil sur une création d’Ignoor, les futurs papes du sac en peau de vache, un autre sur Ingmar, créature en cuir… Niveau tarif, pas de doute, Ingmar a plus d’une longueur d’avance.

Laurent Bainier

Le choeur des paumés de Gene Kerrigan

Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Irlande. Comme tous les miracles économiques, celui de la nouvelle Irlande a son revers de la médaille de saint-Patrick. Un revers pourri par la corruption et l’impunité politico-financière qui va avec, et la flambée immobilière proportionnelle à celle de la criminalité. Dans un Dublin devenu en quelques pintes une grande capitale européenne qui n’a rien à envier à la sœur honnie londonienne, l’inspecteur Synnott tente tant bien que mal de faire son travail.

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Pas facile, voire carrément impossible quand la crapulerie prospère, et que les fils de bonne famille sont protégés de leurs viols par les relations et les billets de leur papa. Gene Kerrigan est journaliste à l’Irish Independant. Il a enquêté sur les scandales financiers, la politique et les faits divers. Une expérience de premier ordre pour passer à la littérature noire, en donnant de la chair et de la crédibilité aux nouvelles fortunes comme aux oubliés de la croissance. Son premier roman, A la petite semaine, décrivait le braquage foireux d’une équipe de malfrats miteux qui veulent leur part de gâteau. Le chœur des paumés transforme l’essai, en montrant avec tension, amertume et humour noir, comment une société humaine perd ses repères traditionnels sous la charge du Veau d’or.


Le chœur des paumés, Gene Kerrigan, Le Masque, 403 p., 21,50€.


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Bastien Bonnefous

20/11/2008

Jean-Jacques Rousseau, fou à cagoule

Jean-Jacques Rousseau, vous connaissez ? Ce n’est pas qu’un écrivain qu’on étudie au lycée. C’est aussi le vrai nom d’un réalisateur surnommé le « Ed Wood » belge. Comme lui Jacques Hardy et Max Naveaux font du cinéma en dehors des circuits officiels depuis un paquet d’années. Le premier tourne des films de guerre à balles réelles avec des armes prêtées par l’armée et le second est connu pour un péplum délirant où un député européen apparaît en tribun.

La Mécanique du Rasoir

 

« Leurs films ne bénéficient d’aucune pub et ne se font connaître que par le bouche-à-oreille d’une poignée de fans dévoués, » explique Frédéric Sojcher. Ce documentariste a consacré un long-métrage au trio,  « Cinéastes à tout prix » (en DVD aux Films du Paradoxe) et un livre au seul Jean-Jacques Rousseau (paru aux éditions Klincksieck/Archimbaud). Ce dernier méritait, metteur en scène de 39 films et manœuvre dans un centre culturel dans le « civil » , méritait bien un ouvrage. « Rousseau est motivé par une pure passion du cinéma, »  explique Sojcher. Jean-Jacques Rousseau produit ses œuvres en autarcie, n’apparaît en photo qu’avec une cagoule sur la tête de peut qu’on lui vole son âme et dirige ses acteurs amateurs avec un revolver chargé dans sa poche.

« Il a défini ses priorités entre essayer de séduire un large public et filmer ce qu’il souhaite, » précise Sochjer. Ses films en forme de délire surréaliste témoignent d’une vision singulière du 7ème  Devenir un cinéaste comme Rousseau demande de sacrifier ses vacances, de vider son compte en banque et de s’entourer d’amis dévoués. « Il faut aussi une grande persévérance et une âme d’enfant, » insiste Frédéric Sojcher. Deux ingrédients qui ont conduit Rousseau  et ses confrères jusqu’au Festival de Cannes où Cinéastes à tout prix a été présenté en 2004. Art comme on peut en juger avec Irkutz 88, court-métrage proposé en bonus sur le DVD.
Caroline Vié
 
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