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23/04/2009

Stockholm, à un Suédois du paradis terrestre

«Alors, elles sont comment les Suédoises?» est probablement la première question qui vient à l’esprit (mal placé) de vos copains lorsque vous rentrez de Stockholm. La réponse est claire comme de l’eau de roche: elles sont charmantes. Une petite virée dans la ville vous donnera un bel aperçu de l’exceptionnelle hospitalité scandinave. Petit programme sélectif pour trois jours en mode cool...

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Vendredi, c’est party
Si en semaine, les Vikings ont le cœur à l’ouvrage, le week-end, ils font la nouba comme des diables. On compte plusieurs milliers de bars à Stockholm mais la branchitude locale ne se retrouve que dans quelque uns d’entre eux, tous situés à Stureplan, au centre de la ville. Le parcours commence toujours vers 22h au bar Riche, la before incontournable de la capitale. On s’entasse dans un long couloir longeant un immense bar. Les alcooliques trinquent, les frotteurs jouissent. «Bercé par de la techno minimale, c’est le meilleur endroit pour gérer la suite de la nuit», lâche Magnus, étudiant la journée et clubber la nuit, entre deux gorgées de bière.
A quelques encablures, on file au Berns. L’immense complexe dispose d’une terrasse où les b-boys affichent leur bling-bling en smurfant sur le dernier Lil’Wayne. Deux heures du mat’, direction le Spybar, le club qui fait bouger la Venise du Nord. Pour info, le physio s’appelle Olivier et vient de Nîmes, ça peut toujours aider pour entrer sans poireauter. A l’intérieur de ce magnifique hôtel particulier, on pogotte dans des salons aux ambiances rock avant d’atterrir à Gubbrummet, le club dans le club. C’est dans ce petit carré VIP que s’agglutinent tous les mannequins du pays... et les riches messieurs prêts à tous pour s’attirer leurs faveurs. Champagne !

Samedi, c’est arty
La musique adoucit les mœurs et aussi les gueules de bois. Pour apercevoir les fleurons de la création suédoise, promenez-vous samedi après-midi à Södermalm, l’île sud de la ville. Sur la colline divisée par une grande rue piétonne, vous y croiserez tout le gratin de la pop locale en mode San Francisco seventies. Depuis le début des années 2000, la Suède s’est imposée comme une fabrique d’artistes tendance. Dans ce cheptel, on y trouve les «folkeux» taquins de I'm From Barcelona, les siffloteurs tubesques de Peter, Bjorn & John ou la révélation sucrée de l’année, Lykke Li. «La jeunesse suédoise est prête à tourner définitivement la page Abba et à influencer sans vergogne l’ensemble de la pop européenne», assure Rebecka, jolie blonde francophile.

 



Dimanche, c’est cosy
Mais résumer Stockholm à ses filles, ses clubs et ses artistes hype serait quelque peu réducteur. Les autochtones chérissent plus que tout leur histoire et leurs racines. La preuve à Skansen, musée vivant de la culture scandinave trônant sur l’île de Djurgården. Planté à dix minutes de bateau de la vieille ville, Skansen recrée en plein air les conditions de vie nordique sur plus de 300 000 m². «On y trouve près de 150 reconstitutions d’époque, de la cabane inuit aux demeures de la noblesse, le tout joué à la perfection par des comédiens qui proposent aux visiteurs de participer à différentes activités manuelles», résume Filipa, jeune mannequin rencontrée en boîte. Mais Skansen, c’est aussi un parc zoologique qui regroupe les différentes espèces animales du cru. Si les rennes, les élans et les renards maîtrisent l’art de la pose photographique, les gloutons et l’ours brun se montrent souvent plus capricieux. Qu’importe, entre un passé fièrement ancré et un futur resplendissant, Stockholm est plus que jamais la ville du présent.

Par Cédric couvez

09/04/2009

Des nuits cernées par l'insomnie

Collés à l’oreiller de leurs nuits impossibles, une armée d’ombres grandit. On les appelle, à voix basse, les insomniaques. Et ils sont nombreux. Près de 34 % des Français s’en disent proches, d’après la dernière enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). En réalité, ils sont 10 %, peut-être 15 %, menés par 5 % de vrais durs. Combien seront-ils demain ? Car l’insomnie fascine. La nuit leur appartient! On dit que Napoléon fut l’un des leurs ainsi que Churchill, Duras et de Gaulle. Emile Cioran, un des penseurs du mouvement, affirmera d’ailleurs : «L’insomnie est la seule forme d’héroïsme au lit.» Ben voyons!

Héroïsme ronflant

Un fin veilleur se confesse. L’avocat-écrivain-journaliste-essayiste Emmanuel Pierrat se défend pourtant d’ « en faire partie » : « Mais je ne suis pas insomniaque ! Je ne dors pas mais je n’en souffre pas. » Il se dit membre des « troublés de l’éveil », un groupuscule d’une vingtaine d’élus, repus sans peine après deux heures de sommeil, trop heureux de passer ses nuits à lire et produire, avec orgueil et rigueur.

 


Pas étonnant que cette voie fasse des émules. Mort aux temps morts ! Voilà qu’on parle de sommeil polyphasique. Lucia Bastenhof, alias Boréale, trentenaire graphiste et dynamique, explique son expérience encore méconnue d’une nuit de 3 h 10 suivie de trois siestes de 20 minutes, à heures fixes, « comme les skippeurs ». « J’ai décidé de pratiquer l’insomnie volontaire et organisée. Cela demande de l’autodiscipline, c’est assez solitaire mais je gagne du temps, je travaille plus, je fais une heure de qi gong [gymnastique respiratoire chinoise] par jour. » Elle ne regrette rien depuis neuf mois qu’elle polyphase.

Mais prenez garde. Les insomniaques sont souvent dans de sales draps. Pour la plupart d’entre eux, « ils en souffrent », affirme le Dr Joël Paquereau, président de l’INSV. « L’insomnie commence avec la plainte », explique-t-il. Si les causes sont parfois organiques, comme lors d’apnées du sommeil (5 % des cas d’insomnie), elles deviennent rapidement des maux chroniques de l’âme. Un « cercle vicieux » où l’angoisse de ne pas dormir s’enchaîne à celle de ne pas être à la hauteur le lendemain.


Réveillez-vous fans du dodo

L’insomnie grandit dans l’anxiété de travailler plus et s’apaise mal d’un comprimé vite avalé. Sans traitement, elle peut être associée à la dépression, au diabète, au surpoids, à des problèmes d’humeur, de mémoire, voire à des accidents cardio-vasculaires sur le long terme. Malheur, les insomniaques sont en manque ! Et pour ceux que les sueurs de l’insomnie tentent encore, le docteur gronde sa sentence : « Le temps de sommeil dont nous avons besoin est incompressible. » Quand on calcule avoir déjà perdu près de 1 h 30 de sommeil sur cinquante ans, le médecin parle de « dette ». On devra bientôt cinq ans de sommeil sur quarante ans de vie professionnelle. Sacré somme. Payable en cash ? Ce sera long… Seuls 3 à 4 % de la population peut enfiler sans dommage le dossard de « petit dormeur » (moins de 6 h 30 par nuit), mais pour 85 % d’entre nous, « c’est entre 6 h 30 et 9 heures » de dodo que tout se joue, avec une moyenne autour de… 8 h 24.
Alors du nerf ! L’institut de la vigilance sonne le tocsin. Même si elle est délicieuse, la déconnexion est has been ! Courage, bande d’animaux diurnes, dormons la nuit. Et si ça ne marche pas, militons pour le droit à la sieste, même au boulot. En dix minutes par jour, elle pourrait résoudre les problèmes de fatigue de 55 % d’entre nous. C’est à se demander qui ça en-nuit.

Marika Mathieu (terrafemina.com)

12/03/2009

Cette année, les branchés repassent à la caisse

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Vous le criez à chaque feu rouge : la voiture, ça pue, ça pollue, ça coûte une fortune... Bref, c’est ringard. Le ringard, c’est vous. La voiture est de nouveau branchée. Pour s’en convaincre, il suffisait de se rendre il y a quelques jours à l’inauguration de l’Ecurie, dans le quartier Stalingrad à Paris. L’intelligentsia de la capitale s’était donné rendez-vous dans ce garage fifties reconverti en galerie d’art dédiée à la voiture. Pour la première expo, les créateurs du lieu, l’équipe du magazine « du style en mouvement » Intersection, avaient placé un Nissan Cube au centre de la pièce, façon installation d’art contemporain. « La vraie force de cette voiture, c’est son intérieur, pas son moteur. C’est emblématique du changement qui s’opère dans le monde auto, explique Micah Trajan, directeur de la pub d’Intersection. Le confort, le plaisir de conduire ont pris le pas sur la vitesse. On est dans l’ère du slow. »

Icônes de circulation
Intersection, trimestriel tiré à 60 000 ex­emplaires, est devenu le chef de file de ce mouvement. Plus Vogue qu’Auto Plus, il présente les plus beaux modèles comme d’autres les mannequins, à grand renfort de shooting haut de gamme. Dernier coup en date, une séance photo avec Lulu Gainsbourg, fils de l’homme à la tête de chou, autour de la Fiat 500 créée par le constructeur italien et la marque de prêt-à-porter Diesel. « Lulu est discret, branché et hors du temps. Et il n’avait jamais fait ce genre d’opération, assure Laurent Aliphat, responsable marketing et communication de Fiat. Il correspond à notre envie de proposer des  modèles inédits et exclusifs, tout en les destinant à une très grande audience. » Le modèle à suivre, c’est Apple et son iPod. La méthode : s’adresser aux leaders d’opinion en leur proposant des icônes qui leur parlent et compter sur le buzz pour toucher le plus grand nombre.


Relais routiers
Mais l’autoroute, en matière de bouche à oreille, est très empruntée : c’est Internet. Pour attraper les branchés, une seule solution, être hyper-connecté. Annonceurs majeurs des médias traditionnels, notamment de la télé, les constructeurs ont déboulé sur le Web à grande vitesse. Certaines marques comme Infiniti, le haut de gamme de Nissan, ont tout misé sur le numérique pour se faire connaître. « Si nous voulons être rentables, nous n’avons pas les moyens de faire de la pub, mais ça ne nous empêche pas d’avoir d’excellents résultats. 95 % de nos clients arrivent chez nous par Internet, détaille Claude Hugot », directeur de la communication de la marque. « Le Net, c’est la clé, renchérit Micah Trajan. Quand on organise un événement, on s’adresse en priorité aux blogueurs. Avec trente-cinq parutions Web pour le Nissan Cube, on estime qu’on a pu toucher 400 000 à 500 000 personnes. »
Du coup, même les mastodontes du secteur s’y mettent. Pour sa très sélect Laguna Coupé, Renault s’est associé à Microsoft et a lancé l’année dernière un micro-site spécial geek chic. « Le Web est un levier important dans notre stratégie de communication, explique Raphaëlle Gomez, du service presse de Renault. La crise actuelle nous oblige à nous adapter, à maximiser l’impact de nos campagnes et surtout à être plus inventif. » Le pire danger qui guette aujourd’hui les constructeurs, c’est bien la panne d’inspiration.

Laurent Bainier


29/01/2009

Les vieux sont les nouveaux jeunes

Qui joue à la Wii, drague comme un cochon sur Internet, milite dans des assoces écolos et parcourt le monde en camping-car ? Un jeune dreadu ? Non, un vieux. Oubliez les farandoles de déambulateurs et les parties de bingo avec Derrick en bruit de fond. En 2009, les seniors sont les nouveaux cool. Après avoir enjambé les barricades, connu les trente glorieuses et pris quelques cheveux gris pendant la crise, les 60-74 ans ont inventé la « papy boum ».

« Cette génération qui a connu Mai 68, se réconcilie avec la société de consommation, commente Yohan Gicquel, professeur à Sup de Pub et auteur du Marketing des Seniors (éd. Le génie du glacier). Ils ont toutes leurs facultés physiques et veulent se faire plaisir. En marketing, on les appelle les “libérés” ».

 

Papy nouveau

Les marques, qui ont compris que les mamies à sac étaient aussi des mamies à porte-monnaie, ont commencé à leur faire de l’œil au début des années 2000. Et tout le monde leur a emboîté le pas. « Ils disposent d’une chose magique : le temps », rappelle Liliane Capelle, adjointe au maire de Paris chargée des 420 000 seniors de la capitale. Sous son impulsion, la délégation aux personnes âgées a pris un coup de jeune. « On a dépoussiéré les clubs. On continue à faire du crochet, parce que certains nous en demandent, mais on a développé de nouvelles activités, comme le jeu vidéo. » De quoi dérider les plus âgés et changer le regard des jeunes. « Arrêtons de penser que les seniors ont juste des besoins, continue-t-elle. Ils ont aussi beaucoup à donner. Il faut casser le côté « compassion » dans notre façon de les voir ».

Et surtout, ne jamais leur dire qu’ils sont vieux. « Quand Nintendo a sorti son Programme d’entraînement cérébral du Dr Kawashima, la cible senior était visée. Mais le discours devait s’adapter. On ne leur proposait pas de lutter contre la perte de leurs facultés, mais plutôt de les développer grâce aux jeux », assure Yohan Gicquel. Et l’argument a fait mouche. La DS et, plus tard la Wii, ont séduit les « libérés », qui veulent partager un peu plus avec leurs petits-enfants que des discours d’ex-bab. « Mon petit-fils et moi, on est fans de films d’horreur, témoigne Jean-Clau­de, 66 ans. Quand on regarde un Romero tous les deux, je n’ai pas l’impression qu’il me voit comme un papy ! »

 

Pour ces sexagénaires, qui sont passés du statut de vieux travailleurs à celui de jeunes retraités en un pot de départ, la vieillesse est une nouvelle adolescence. « L’individu n’est pas un yaourt, il n’y a pas de date de péremption, assène Serge Guérin, sociologue auteur de Vive les vieux et de La Société des séniors aux éditions Michalon. Les boobos, ces boomers bohème qui ont connu l’explosion démographique et la libéralisation des mœurs, abordent leur retraite comme le temps des possibles. Ils vivent une nouvelle vie. Ce n’est pas un hasard si le taux de divorcialité des seniors a été multiplié par deux en dix ans. » Les boobos eux-mêmes devraient se multiplier, sous l’effet des courbes démographiques. « Les futurs vieux auront été marqués par 68. Mais ils auront peut-être moins de revenus, notamment car ils ont connu des périodes de chômage pendant les crises. » Si en plus d’être cool, les nouveaux vieux sont fauchés, ils n’auront plus rien à envier aux jeunes.

Laurent Bainier

13/01/2009

Plus fort qu’Emile et Image, les Putafranges et Maje

SIPA_00558247_000025.jpgLa marque  du Sentier chic souffle ses 10 bougies et invite le duo ultra branché Cécile Togni et Tania Bruna-Rosso en qualité de styliste. La représentatrice de la marque nous explique « Judith Milgour, fondatrice de Maje souhaitait une continuité au projet « Maje en scène », une collaboration avec de jeunes artistes pour sa collection Automne / Hiver 08/09 d’inspiration folk-rock., Cécile et Tania se prêtaient vraiment à ça avec leur expérience de la mode et de la musique ».
Les Djettes plus connues sous le nom des « putafranges » signent une collection de 18 pièces, inspirées de la scène éléctro-rock, chaque pièce portant le nom d’une chanson, chemises à carreaux Dancing bear, jean rétro Sparrow, combi-short Cat Claw, escarpins chic Atomic Dog... Cécile Togni n’en est pas à son coup d’essai, elle signait déjà une mini collection pour Lancel l’an passé.

D'abord présents en exclusivité chez Colette du 5 au 17 janvier 2009, puis à partir du 18 janvier dans les boutiques Maje.

Sophie Colombani

08/01/2009

La télé de crise en pleine descente d’acide

 

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Gueule de bois et « coup de froid ». L’économie a le thermomètre à zéro, la finance se les gèle et les programmes internationaux s’en ressentent. Hier Médiamétrie et l’institut IMCA présentaient l’étude NOTA « Coup de froid, symptôme, diagnostic et remèdes » sur les dernières tendances de la télévision mondiale.


Prêts à tout, surtout à souffrir
La télé a des engelures et ça fait mal. La tendance sado-poisseuse continue gaiement son petit chemin de douleur. Dans Estate of Panic (Etats-Unis), les participants sont plongés dans un véritable film d’horreur en échange de quelques billets. Phase 1) on renverse un bidon chargé de serpents dans une pièce bunker. Phase 2 : on pète les canalisations, l’eau monte jusqu’au plafond, et les serpents sont toujours là. Bien vu, aussi, la téléréalité british « Unbreakable », où l’idée, simple et délassante, consiste à chercher « le point de rupture du corps ou de l’esprit » : semi-noyade, corps à corps avec un alligator, enterrement jusqu’au cou dans le désert. A défaut de se casser les os, on sait aussi s’angoisser. Les nouveaux héros de fiction cultivent des troubles mentaux (« My own worst enemy », aux Etats-Unis, met en scène un schizo à personnalité multiple) ou un côté very bad boy, ainsi la bande de riders de « Sons of Anarchy » (série US)

La finance est tendance
The Ascent of Money, 2017, chronique d’une faillite annoncée… « Documentaires, émissions spéciales…sur la crise financière prolifèrent », précise Amandine Cassi de Médiamétrie. Le public prendrait presque un certain plaisir à ses analyses, souvent mises en scène avec, une certaine dramatisation ». Et comme le délai entre l’actualité et sa mise en fiction se raccourcit, « Wired », série britannique, se déroule dans l’univers bancaire, ses bonus de fin d’années et ses escroqueries cachées.

Système D
En attendant la reprise, on reprise. Des vêtements, par exemple, mis au troc dans « Twiggy’s Frock Exchange ». Dans cette téléréalité venue de Grand Bretagne,on convie un millier de femmes à venir échanger cinq de leurs vêtements qui dépriment dans leur garde-robe. Au Pays-Bas, les stars donnent non pas leurs fonds de dressing mais quelques semaines de solidarité. Dans « Celebrity Welfare », des people vivent quelques semaines avec les minima sociaux, histoire de voir ce que cela fait.
Sinon, le rire reste omniprésent, avec un net retour de l’absurde (Beehive, au Royaume-Uni). La vie n’a plus de sens ? Vive le nonsense !

Anne Kerloc'h

 

 

11/12/2008

Quand le minitel rivalisait avec les musées

Ne pas se fier aux apparences! Célèbre pour ses performances corporelles déjantées, faisant souvent appel à la chirurgie esthétique, Orlan a toujours été une pionnière. Après avoir vendu ses jambes et ses bras en carton sur les marchés en 1976, monnayé ses baisers aux passants devant le Grand Palais en 1977, s’être transformée en madone lascive bien avant Madonna, elle est parmi les premières à avoir compris qu’une révolution était en marche lors de l’apparition du Minitel. En 1982, âgée alors de 35 ans, elle sent que cette petite boîte marron et moche «va ouvrir les robinets chez les gens». Elle lance alors un appel aux artistes: faire de ce nouvel outil un enjeu d’expression novateur. Toute l’avant-garde artistique est mobilisée: Plus de soixante plasticiens et poètes relèvent le défi. Avec l’écrivain Frédéric Develay, et le soutien de France Télécom, elle crée une improbable revue télématique, baptisée «Art Accès», la seule à avoir jamais existé sur la ligne.

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«Avec ce nouvel outil informatique, je savais qu’on allait pouvoir le détourner de sa fonction d’annuaire», se souvient-elle. Pas gagné d’avance ! Comment créer, comment s’exprimer, avec un écran ridicule et des lignes blanchâtres et tremblantes qui pouvaient mettre plus de cinq minutes à s’afficher? «Le Minitel, c’était des gros carrés et huit dégradés de gris. On s’est donc adressé à des artistes qui ne se souciaient pas de l’esthétisme.» Un support balbutiant. «J’ai imaginé un petit personnage qui se battait contre des moulins à vent propulsant des lettres…», raconte le plasticien Joël Hubaut, connu aujourd’hui pour ses installations monochromes. Des poètes sonores jouent même du célèbre «Hiiiiiiiiiiii! Scriiiiiiiiiiiiiiiiiitch! Schrooooooooooonch!» pour créer des compositions contemporaines. Même Buren, l’homme à la rayure, est parti à l’assaut des carrés! Avec succès. A Reims, pendant une semaine, il a équipé les bus de Minitels laissant apparaître progressivement ses célébrissimes rayures noires et blanches, pixel après pixel. «Cette expérience a marqué un tournant dans son travail», s’amuse Orlan: Passer de la rayure fixe à la rayure animée… Et puis, aux oubliettes le Minitel et disparu tout ce travail! L’Abbaye de Maubuisson (Val d’Oise) accueille Orlan en septembre 2009, l’occasion de découvrir ses nouveaux délires créatifs.

Alexia Guggémos

>> Retrouvez toute l’actu de l’art et du design sur le blog d'Alexia Guggémos, Delire de l'art

 
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