Avertir le modérateur

06/05/2009

Simenon l'Americain

On a tendance à l’oublier, comme pour notre Johnny national, mais Simenon est un romancier « belge ». Cette précision géographique établie, il convient de rappeler que le père de Maigret est surtout un des plus grands écrivains francophones du XXe siècle. Peut-être le plus grand. Preuve en sont la poursuite de la publication de son œuvre dans la prestigieuse Pléiade, et surtout l’édition passionnante en deux volumes chez Omnibus, de ses « romans américains ». Pendant une décennie, de 1945 à 1955, Simenon, qui craint d’être la cible d’un comité d’épuration au sortir de l’Occupation, s’installe aux Etats-Unis. Dix ans décisifs dans sa vie, où il va livrer quelques-uns de ses chefs d’œuvre les plus forts.

Trop longtemps, Simenon a été réduit au rôle de « l’écrivain phénomène », celui des 1000 livres, des 200 volumes de « l’usine Maigret », tous écrits en quelques jours à peine, entre de multiples aventures amoureuses. Avec sa période américaine et ses « romans durs » afférents, comme il les nommait - La mort de Belle, Feux rouges, Trois chambres à Manhattan, L’horloger d’Everton… - Simenon prouve qu’il est définitivement le romancier de la frustration et de la solitude. L’orfèvre inégalé des passions tragiques dont l’alcoolisme n’est souvent qu’un des révélateurs.



Romans américains, Omnibus, 2 volumes, 27 et 26 €.
Pedigree et autres romans, Pléiade, Gallimard, 1690 p., 55 €.

Par Bastien Bonnefous

>>> Retrouvez toute l'actu du polar sur Polarblog, le blog de Bastien Bonnefous

29/04/2009

Fajardie Forever, Hommage de Jérôme Leroy

 

3004-MAG-polarblog.jpgLe 1er mai 2008, mourait Frédéric Fajardie, un des écrivains français de romans noirs les plus importants de ces trente dernières années. Au fil de ces romans devenus mythiques (Tueurs de flics, La nuit des chats bottés, Brouillard d’automne, Un homme en harmonie…), Fajardie s’était créé un cercle de lecteurs inconditionnels. Jérôme Leroy, par ailleurs écrivain de talent, en était. Il lui rend hommage dans un roman tendre et triste dont Fajardie est le héros. La crise, le Nord, des bourgeois bouffis de suffisance, des patrons plus que voyous et des ouvriers debout qui trinquent. Fajardie, l’ancien mao de 68, revient sur les traces d’un « trésor de guerre » de la Gauche prolétarienne, et se bat pour une société plus juste et fraternelle. Une société en harmonie en somme.
Signalons également la réédition en poche de Monnaie bleue, un des premiers romans de Jérôme Leroy. Paru en 1997, tout notre monde y est déjà dit : les quartiers populaires en feu, la démocratie molle pliée sous le pouvoir policier, et la « banleuisation » des âmes chère à un autre disparu récent, Pythie de nos temps modernes, l’Anglais J.G. Ballard. Fajardie, Ballard, des histoires de morts plus que jamais vivants.

En harmonie, Jérôme Leroy, Les Equateurs, 182 p., 15 €.
Monnaie Bleue, La petite vermillon, 299 p., 8,50 €.

23/04/2009

Juste un crime, dernier né des polars scandinaves

Une femme assassinée et retrouvée dans un lac proche de Stockholm. Seul indice, un bijou orthodoxe qui pourrait présager une origine d’Europe de l’Est. Immigrée ? Clandestine ? Juste un crime ou un drame plus complexe ? Kristina Vendel, jeune commissaire, refuse de s’arrêter à ces non-apparences et ne peut envisager que quelqu’un puisse disparaître sans laisser aucune trace.

Juste un crime est le premier polar de Theodor Kallifatides, écrivain et poète suédois d’origine grecque. De la saga Millenium aux romans de Mankell, Nesbo ou Indridason, impossible d’ignorer la vitalité de la littérature policière scandinave. Kallifatides, par son écriture dépouillée et son sens du détail, rappelle les fondateurs du genre dans les contrées nordiques, Maj Sjöwall et Per Wahlöö. Entre 1965 et 1975, ce couple suédois a écrit une série de dix romans mettant en scène l’inspecteur Beck. Une œuvre considérable, influencée à la fois par le Maigret de Simenon et les romans de « police procédurale » américains d’Ed McBain, qui a imposé le genre au nord de l’Europe. Juste un crime, mais toute une histoire.

Juste un crime, Theodor Kallifatides, Rivages-Thriller, 264 p., 18 €.
A signaler, la réédition des romans de Sjöwall et Wahlöö. Cinq titres ont déjà paru en poche chez Rivages.

2404-MAG-polarblog.jpg

Par Bastien Bonnefous

>>> Retrouvez toute l'actu du polar sur Polarblog

16/04/2009

Sentinelle et Testament syriaque, le complot des comploteurs

On peut faire de la littérature vivante avec des langues mortes. Deux thrillers français le prouvent : Le Testament syriaque de Barouk Salamé et Sentinelle de Denis Bretin et Laurent Bonzon. Le premier ravive le syriaque – «langue ancienne du groupe araméen (Syrie, Arabie, Palestine)» du IIIe siècle, dixit Robert – le second le mycénien, langage de la civilisation préhellénique.

1704-MAG-blorblog1.jpgA la fois roman noir, thriller et conte fantastique, Sentinelle est le deuxième volet de la trilogie Complex. Alors que le n°1 tripatouillait dans les greffes médicales entre l’humain et le végétal, Sentinelle fait carrément dans la parabole mythologique. Angela, homeless de Chicago brisée par la mort de sa fillette, égrène sur le répondeur d’une permanence téléphonique du World Trade Center, les noms des 2973 victimes des attentats de New York du 11 septembre 2001. Le tout en mycénien. Problème, nous sommes le 10 septembre 2001. Angela est-elle la Pythie moderne, l’Oracle des Temps nouveaux ? Deux agents du FBI vont mener l’enquête. Bretin et Bonzon, petits-enfants survitaminés de Boileau-Narcejac, manipulent les codes des séries B  d’espionnage pour mener à bien leur « projet quasi-philosophique » d’analyse du monde libéral qui « n’est pas un monde manichéen dans lequel quelques-uns tirent les ficelles au détriment du plus grand nombre, mais plutôt une sorte d’équilibre instable auquel chacun de nous, par ses moindres actes, contribue ».

1704-MAG-polarblog2.jpgLe Testament syriaque de Barouk Salamé va encore plus loin, sur les traces d’un « proto-Coran ». Des fous de Dieu fondamentalistes égorgent à tout va dans Paris pour mettre la main sur une inestimable relique écrite en syriaque qui pourrait être le testament du prophète Mahomet. Pour les contrer, le commissaire Sarfaty, « flic-philosophe », Juif puritain expert es sourates et poésie préislamique, va devoir remonter jusqu’à la filiation toujours débattue de la religion musulmane. C’est brillant, rythmé et surtout à mille jetées littéraires et intellectuelles d’un quelconque Da Vinci Code coranique. Avec un mystère supplémentaire sur l’auteur, Barouk Salamé, pseudo selon l’éditeur d’un « aventurier et érudit franco-arabe, aussi familier des philosophies religieuses que des armes de poing ».

Sentinelle, Denis Bretin et Laurent Bonzon, Le Masque, 428 p., 20 €.

Le testament syriaque, Barouk Salamé, Rivages, 522 p., 21,50 €.

02/04/2009

Benotman, poète poète

0304-MAGpolarblog-benotman.jpg

Benotman rit à en pleurer des larmes de rage. Retenez bien ce nom : Abdel Hafed Benotman. AHB. Le Léo Ferré du polar français, capable comme Mister the wind de mêler la poésie la plus belle aux calembours les plus enfantins. Benotman est un enragé de la vie. Voleur au très grand cœur, mais pas vraiment voyou. Plusieurs années de prison au compteur, l’homme a commencé tôt les braquages et les vols.

Dans Eboueur sur échafaud, il réinvente son enfance à la Pagnol, sauf que le petit Marcel s’appelle Faraht. « Mauvais karma, pas plus de Bounoura dans le bottin que de Faraht dans les calendriers ». Une enfance entre un père algérien, esclave sur les chantiers des Trente glorieuses, qui parlait avec ses poings, et une mère soumise jusqu’à la folie. Des frères et sœurs qui ne rêvent que d’une chose : l’ailleurs, et le petit dernier, « Fafa » au destin déjà tout tracé par son paternel : « Au pire, tu finiras éboueur, au mieux sur l’échafaud ». La prédiction a failli se vérifier, mais le fiston a préféré les barreaux à la Veuve, puis la renaissance littéraire, baptisé par le mythique Robin Cook qui avait repéré ses premiers écrits carcéraux. AHB. Auteur Hautement Bonnard.

Eboueur sur échafaud, Abdel Hafed Benotman, Rivages-Noir, 248 p., 8,50 €.

26/03/2009

Simenon et Mankell sont sous un parapluie

2703-MAG30-Levison.jpgUne preuve au moins que Polar Blog n’influe pas sur le choix de la ville testée par 2.0 : va chroniquer le polar letton, un pur délice. Sûr que si on avait le bras aussi long que la moustache, on irait plutôt faire un tour du côté de New York, Los Angeles, Londres, Moscou, Fontenay (pour la Belle de Pouy)…
Alors le polar letton… Pour être franc, il n’y a pas vraiment de polar letton, en tout cas pas qui a passé les Alpes à notre connaissance. Deux références néanmoins : Pietr le Letton de Simenon, et Les chiens de Riga de Mankell. Pietr le Letton a une qualité notable : il s’agit de la première enquête de Maigret (1931), lancé (doucement) aux trousses de Pietr, dangereux trafiquant d’alcool letton. On y trouve déjà un Jules psychologue, un sens de l’atmosphère et de la pluie.
De la flotte, il y en a aussi dans Les chiens de Riga, deuxième enquête de l’inspecteur Kurt Wallander, héros du Suédois Henning Mankell. Début 1991, un canot échoué sur une plage de Scanie. A l’intérieur, les cadavres de deux criminels lettons proches de la mafia russe. Wallander remonte le fil jusqu’à Riga, où il découvre un pays au sortir de la longue nuit soviétique, où les règlements de compte sont devenus sport national. Des polars froids, humides et gris. Promis, la prochaine fois c’est Rio.

Pietr le Letton, Georges Simenon, Livre de Poche, 190 p., 5€.
Les chiens de Riga, Henning Mankell, Points Policiers, 320 p., 7,50€.

Bastien Bonnefous

05/03/2009

Les papys-boomers, des machines à tuer

0603-MAG-polar.jpg
Franck Macchianno n’a ni chien, ni chat, ni cochon d’Inde. Il a des appâts. Ce sexagénaire bon teint combine plusieurs métiers : vendeur d’appâts sur la plage de San Diego, VRP en linge de table et en poisson frais pour les meilleurs restaurants de la région, et agent immobilier. Il prend également soin de son ex-femme, de sa maîtresse, et de sa fille aux portes de la fac. Un jeune retraité modèle, qui surfe tous les matins, est apprécié de tous : l’Américain parfait en somme.
Problème, dans une autre vie, Franck Macchianno a été Frankie Machine, le porte-flingue le plus dangereux de la mafia de la côte Ouest. Alors, quand le fils d’un boss local lui demande un coup de main, Franck est obligé de reprendre du service. Mais quand le-dit contrat est en réalité un piège mortel, Frankie Machine ressort les chargeurs et redevient le tireur orfèvre qu’il n’a jamais cessé d’être.
Souvent présenté comme le fils caché de Donald Westlake et d’Elmore Leonard, Dow Winslow, ancien détective privé et ancien guide de safari, anobli par James Ellroy comme « le maître du thriller branché »,  se joue des codes du roman mafieux, mariant humour, violence et romantisme. L’hiver de Frankie Machine, polar nerveux au super-héros ultra-violent et attachant à la fois, doit être adapté au cinéma cette année par le grand Michael Mann avec « monsieur »Robert De Niro dans le rôle titre. Des hommes de goût en somme.

L’hiver de Frankie Machine
, Dow Winslow, Le Masque, 375 p., 22 €.

Bastien Bonnefous

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu