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05/03/2009

Le cas Blobfish

blobfish.jpgC’est un discret scandale médiatique qui ne fait même pas frémir un entrefilet ; un scandale qui raconte pourtant l’état d’effritement moral de nos sociétés. Chaque jour, dans un silence complet et complice, des centaines de milliers de Blobfish sont calomniés, raillés, traînés dans la vase de la médisance la plus bubonique. Ceux qui en doutent sont invités à taper « Blobfish », sur Google, puis affronter en face l’affolant résultat « Blobfish : the most disgusting fish in the Word », « Le Blobfish : ouhlala comme tu est moche » « Le Blobfish, une monstruosité visqueuse » « Le Blobfish me donne envie de vomir » » « le Blobfish est vraiment dégueu ». Oui, le Blobfish ressemble moins à un poisson qu’aux résultat des noces d’un morpion et d’une gélatine, célébrées devant une assemblée de cartilages. Oui, son sourire laisse à désirer. Oui, son regard a la clairvoyance hagarde des eaux d’écoulement de l’industrie papetière. Mais depuis quand la qualité d’une âme poissonnière se mesure-t-elle à l’aune du physique ?  Il n’est guère étonnant, dés lors, que le Blobfish fuie la compagnie et se cache des regards dans les fonds de la mer d’Australie. Vraiment, est-ce ainsi que les hommes jugent ?

Anne Kerloc'h

18/02/2009

True colors

Mais quel est leur secret ? Comment font les téléfilms et séries allemands pour garder, année après année, malgré le temps qui outrage et la vie qui malmène, ces tons beigeasses incandescents, cet éblouissement moiré des sens qui n’hésite pas à faire se confronter les nuances les plus chatoyantes : souris écrasée, taupe sensuelle, rêve de gadoue, suprême de cendrier. Longtemps, l’explication donnée a été le climat : soleil trop discret et nuages outrageusement intrusifs terniraient l’image filmée. Trop simple. Des chercheurs envisagent actuellement d’autres hypothèses.
Hypothèse 1 : Les chefs opérateurs allemands sont sélectionnés sur des critères stricts de neutralité chromatique. A l’extérieur ET à l’intérieur. On rapporte le cas d’une candidature refusée pour cause d’ingestion de fraise Tagada.
Hypothèse 2 : la grisouille à l’écran serait un hommage caché au lérot personnel du cinéaste expressionniste Robert Wiene, mort de chagrin d’amour (le lérot, pas Robert), après une liaison impossible avec une scie à métaux. Hypothèse 3 : Les lecteurs ayant d’autres hypothèses sont priés de les transmettre sur akerloch@20minutes.fr Merci.

Anne Kerloc'h


12/02/2009

C’est la tentation finale

Il y a des événements avec lesquels il est malvenu de rire. La confirmation, hier, de la fin de l’île de la tentation par TF1 a plongé une partie des salariés de 20 minutes dans une sidération mutique. Sans un mot, les claviers ont été recouverts de crêpe noir. Près du local à balais, un autel du souvenir accueille bougies et pétards surprises. En signe de deuil, nous déchirons nos cartes du Tendre, empreintes de maximes signées Ben (saison 6, épisode 8) : « l’amour c’est la souffrance », « tu es dans mon cœur et j’ai eu un frein »,  « tu veux te venger, ça s’appelle de la rancunerie ». TF1 nous promet une nouvelle grille pour la saison des amours, mais la perte ouvre dans notre âme une béance sans nom. Pour nous consoler, imaginons une suite. Une télé réalité morale, par exemple «  L’île de l’Abstination» (hé, ho, nous aussi on a le droit de parler le Ben). Dans une île déserte de la mer de Botnie, des participants seraient réunis pour un séjour pudique et revigorant. Les journées s’écouleraient, folâtres, entre lecture de psaumes en araméen, dégustation de thé au hareng et tissage de caleçons longs en fibres de bruyère séchée. Une idée.

Anne Kerloc'h


05/02/2009

Cristal dada

Scu’se M’dame, toutes mes confuses. Jean-Luc Delarue s’est excusé auprès de Yamina Benguigui, à qui il avait proposé de tenir « les globes » lors de la cérémonie des Globes de Cristal. Jean-Luc Delarue s’excuse beaucoup. Pour les blagues sorties tout droit de chez Mufle, Relou, & associés. Pour avoir joué la horde sauvage à lui tout seul dans les avions, maniant martialement le saumon, dans un remake de Thierry la fronde chez les Oméga 3. Sans compter les émissions où ses propos semblent aussi stables que le morceau de sucre qui rencontre le chlorate de soude (même qu’ils se racontent des histoires d’étincelles).
Mais quelle immense poésie convulsive se dégage de ses bourdasses et confusionnades ! Comment ne pas reconnaître l’écho des « Chants de Maldoror », dans les répliques hypnotiques de Ça se discute ? Comment ne pas voir un décalque post-dadaïste de Gérard de Nerval promenant son homard en laisse en Jean Luc faisant prendre l’air à son saumon en avion ? Les sots parlent de propos incohérents là où il s’agit d’écriture automatique. Sachez le, dans le « je suis à côté de mes pompes » d’un Delarue, c’est la cuillère-chaussure d’ André Breton qui nous parle.

Anne Kerloc'h

Nolife, roboratif des geeks

Il était une fois une chaîne câblée qui n'avait pas peur de s'appeler « Nolife », et de s'adresser, dixit son fondateur Sébastien Ruchet aux « geeks ». Son slogan: « Y'a pas que la vraie vie dans la vie ! ». Pas étonnant, du coup, qu'aux pauvres et triviaux humains, les écrans de Nolife préfèrent, bien souvent, robots et androïdes. "On est très porté sur le Japon, sur les nouvelles technologies, sur les mangas, alors forcément, on fait beaucoup, beaucoup de choses sur les robots", explique Sébastien Ruchet. En novembre dernier, Nolife a ainsi consacré trois heures d'antenne pour une soirée spéciale à la gloire de Megaman. Série culte de jeux vidéos, où un super robot tente de sauver la terre. La chaîne diffuse aussi la série Gunbusters, du nom de robots contrôlés par des êtres humains aux pouvoirs psychiques très spéciaux, les Topless... Nostalgiques attention, prévient Sébastien Ruchet, "c'est un peu Goldorak"!

Anne Kerloc'h

29/01/2009

La chronique d'Anne Kerloc'h: En toute franchise

Disons le franchement, même si cela doit déplaire, faisons fi des pressions, osons. Osons exposer avec crudité cette vérité qui dérange : Laurence Ferrari est un être d’exception. Certes, elle a, comme tout le monde, pas mal de défauts : elle s’intéresse aux causes humanitaires, le travail « ne lui fait pas peur », elle est « incisive » ; « en quête d’absolu », « stoïque », « habile et tenace ». Pardonnez nous également cette confession gênante, voire dérangeante : « sa diction est parfaite » .

C’est du moins ce que nous apprend la biographie « Une femme à la Une », aux Editions Alcina. Avec sa cohorte de compliments, l’auteur voulait sans doute insuffler à la présentatrice du JT de TF1 la tiédeur inconstante de l’humanité, elle à qui les médias ont reproche un certaine distance, voire de la froideur. Montrer que la femme-tronc avait des jambes et des convictions. Bref, qu’elle était douée de vie. Le résultat est magnifique. En lieu et place d’un portrait en creux et bosses, où la lumière pourrait jouer, on nous livre un splendide moulage prêt pour le musée Grévin. Et pas une goutte de cire n’a coulé.

Anne kerloc'h

22/01/2009

Le sens est dans le fruit

La pomme, c’est de la com’. On veut ici parler de la pomme du dessert au dîner d’investiture de Barack Obama. La pomme était politiquement investie, elle aussi, un hommage au président abolitionniste Abraham Lincoln, qui l’aimait ainsi, en « sponge cake » avec un voile de cannelle. La tenue de Michelle Obama fut elle aussi longuement exsudée de son sens par les éditorialistes. Lors du « D. Day », elle ne portait ni rouge, ni bleu, ni blanc, mais une robe citronnelle. Brodée. La robe, pas la citronnelle. Quoique, tout comme il existe des potiron galeux d’Eysines, il doit bien se trouver des citronnelles brodées du Massachussets, enfin, c’est une hypothèse. La couleur citronnelle était un message caché, selon une éditorialiste, une façon de signifier que Michelle Obama n’était pas une première dame bibelot, mais une femme « indépendante, fière, jeune, qui  a confiance en elle ». La citronnelle c’est fou, c’est incroyable,. Désormais, en plus, c’est démocrate et féministe. C’était la leçon « fruits et engagement » du jour. La prochaine portera sur les tendances bonapartistes de la myrtille et les pulsions post-maoïstes du basilic.

Anne KERLOC’H

 
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