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16/12/2008

A l’Ouest des pages désolées

Bienvenue à El Mediatico, étranger. Une vallée rocheuse qui fut riante, il y a 15 ans, aux temps héroïques de la ruée vers la télématique. Dans ces plaines arides, mais animées par la foi de l’homme dans le progrés, horoscopes et « quizz cœur » fleurissaient toute l’année. Entre deux saloons de discussion, les boutiques n’étaient qu’abondance. Mais aujourd’hui, El Mediatico n’est plus qu’un corridor de désolation. De riches bourgades, 36 15 TF1, 36 15 Libédoc, on été rasées. Subsistent de rares oasis, et une vingtaine de villes fantômes, où s’entêtent des pages en voie d’éboulement. Première étape: Teva. Dans ce petit hameau autrefois coquet, l’unique boutique est fermée. Le vent finit d’arracher une affiche du milieu des années 2000, vantant une émission en direct avec Gael Le Forestier. Plus loin, à Gala, le spectre d’une diseuse de bonne aventure me donne mon horoscope pour l’année 2005. Angoisse.

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Cap sur les villes d’étapes dont la rumeur dit que l’on peut encore y trouver de l’eau pour les chevaux et pour l’homme, de l’info. A RTL, le casino est fermé et l’on ne joue plus à « la phrase cachée », mais le fil de l’AFP marche encore. Enfin, à Figaro, je trouve des infos fraîches, des cours de bourse pour la soif, et des places à gagner pour l’expo Babar, Harry Potter et Cie, qui se tient, oui, ce mois ci ! De quoi aborder avec optimisme la trépidante M6. A son apogée, la ville était renommée pour sa grand-rue, ses salles de jeux et ses saloons de dialogues. Maintenant elle est fréquentée moins de 70 heures (de connexion) par mois, alors que les villes nouvelles Internet du même nom ont vu 12 millions de visiteurs uniques défiler, cette année. Le salon du Morning Live est ouvert. Sous le nom de code de Missy17, j’entre. Une voix, puis deux, puis une trentaine me répondent, dans un langage qui semble venu du présent « Slt, tu va b1 ? » « tu veux me mater, j’ai une cam ? ». Me voilà papotant avec BogossVelizy, jujufashion, Seb25. Pourtant, lorsque je fais remarquer que je ne pensais pas qu’il y avait encore autant de monde sur minitel, c’est l’incompréhension « hé, t’es sur le chat NRJ ma grande ! » « le minitel, ça existe encore ? Moi je suis sur tchatche.com ». Géré par un prestataire extérieur, le saloon de discussion a été téléporté sur le Net. Les demandes de dialogues me submergent, es interlocuteurs viennent du wap, de MSN, de hotmail… C’est une quatrième dimension qui s’ouvre. Le western spaghetti se transforme en space odyssey. A force de fréquenter les minitels fantômes, j’ai été happée dans un vortex.


Anne Kerloc’h

12/12/2008

Des chiffres et des lettres, c’est pas ringard

Rétro Abdel Bounane, rédac chef d’« Amusement », raconte la fascination pour les jeux en mode texte

Avant la PS3 et la Wii, la PlayStation et la Saturn, la Game Gear ou la Game Boy, avant Super Mario et les disquettes 5 pouces 1/2… Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, les jeux vidéo n’avaient pas de graphisme, mais se jouaient avec du texte. Aucun sprite, pas de pixel, zéro visuel à se mettre sous la manette. Le clavier était votre seul instrument… et il fallait taper pour jouer. « /Explore caverne », « /Attaque dragon ! » « /Prend pièce bleue » « /Saluer Troll »… Voilà un exemple de partie de jeu vidéo texte, entre les années 1970 et 1980.

 

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Aventure exclusivement textuelle
A l’époque, les ordinateurs n’étaient pas assez puissants pour afficher des graphismes dignes du dernier «Fallout 3» ou du prochain «Final Fantasy 13». Mais cette contrainte s’est transformée en avantage sous l’impulsion de certains game-designers qui l’ont utilisée notamment pour les jeux de rôle de l’époque. Car s’il est difficile d’envisager que le concept du jeu texte puisse s’appliquer à un jeu d’action (imaginez «/Tourne la voiture à gauche selon un angle de 67° ouest !»), il prend tout son sens avec les jeux de rôle qui fonctionnent avec des chiffres (pour les combats, les déplacements) et des lettres (une histoire, des dialogues).
C’est ce qu’a bien compris Infocom, le "king" des éditeurs de jeux texte. Leurs créations-cultes – «Zork», «PlanetFall», «Enchanter»... – proposaient des univers suffisamment profonds et consistants pour immerger le joueur malgré l’absence de graphisme. Leurs dialogues étaient souvent drôles, piquants et parfois volontairement frustrants. En résumé, ils recoupaient les qualités d’un bon livre de science-fiction… sauf qu’ils étaient interactifs. Par exemple, Douglas Adams, l’auteur de SF à qui on doit H2G2: Le guide du goutard galactique, a travaillé avec Infocom sur son adaptation vidéoludique.

Susciter l’imaginaire du joueur
TV HD, téléphone écran tactile, PC en 1920 x 1080 : aujourd’hui, il n’y aurait aucune raison pour qu’il subsiste des jeux texte. Et pourtant, ils sont plus que jamais dans le coup, à travers toute une nouvelle génération de titres indés : fictions hypertextes, «graphic adventure games», fictions interactives… Bref, tous les jeux dans lesquels l’histoire prend le pas sur l’action, et qui tentent de susciter l’imaginaire du joueur au lieu de lui servir un plat de polygones. Et même s’ils ne représentent qu’une partie marginale de la production, beaucoup de leurs concepteurs essaient d’atteindre certains Graal du jeu vidéo : une histoire nouvelle à chaque partie et des dialogues qui se réinventeraient en fonction des situations. Autant dire l’impossible. Si vous étiez trop petits quand les premiers jeux texte sont apparus, il est probable que vous serez trop vieux quand ils auront atteint leur plein potentiel. Allez… /Fermer journal.


Joel Metreau

11/12/2008

Recyclez moi - 3615 Qui n'en veut?

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Depuis ma naissance en 1982, mes parents adoptifs me tapent dessus. Rassurez-vous, nul besoin d’avertir les services sociaux, ils ne frappent que mon clavier. Eh oui, je suis un Minitel. Souvenez-vous, cette petite boîte noire qui trônait sur le buffet de mémé et bien c’était l’un de mes cousins. Bon, perso en ce moment, ça fouette un peu la loose. Depuis 2002, mes darons ont un accès Internet haut débit et ils m’ont relégué dans le grenier où les souris ne cessent de grignoter mes touches. Pire encore, lors d’un grand nettoyage de printemps, ils ont décidé de se débarrasser définitivement de moi en me confiant à la Ddaas des Minitels abandonnés: la «D3E» pour Déchèterie des équipements électriques et électroniques. Direction l’une des 5 000 déchèteries nationales gérées par les collectivités locales. Après un dernier câlin, mon papa me confient à un «gardien» qui me place dans une caisse grillagée en compagnie de quatre autres copains. Drôle de titre d’ailleurs que «Gardien», comme si je pouvais m’échapper en courant. Enfin… mes nouveaux compagnons de route ont tous des origines différentes: téléviseurs, écrans d’ordinateurs et Minitels. De quoi tuer en bavardages les longues heures sans électricité! Ensuite, c’est la société Eco-Systèmes, l’un des trois éco-organismes agréés par l’état, qui prend le relais.

 

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Un chauffeur vient nous chercher avec ses gros transpalettes dignes de «Transformers». Après avoir fait le plein de caisses et pesé la cargaison, le livreur nous conduit dans un des trente centres de traitement dédié aux écrans. On débarque alors dans un énorme entrepôt où des milliers d’écrans s’empilent les uns sur les autres. Une partouze géante au paradis du moniteur? Pas vraiment… C’est plutôt un nirvana bouddhiste où l’on m’explique qu’il n’y a pas qu’une vie après ma mort mais trois! Les humains appellent ça du recyclage, je dirais plutôt une séance de torture organisée. Masqué et ganté, un technicien spécialisé me décortique illico comme une crevette rose. Carcasse en plastoc, ferrailles et composants électroniques, tout y passe. Le plus «touchy» reste mon tube cathodique. Le monsieur y sépare le verre plat du cône à l’aide d’un fil de fer très chaud. Aïe, Aïe, ça brûle ! Mais une minute plus tard, ça y est: je suis totalement démembré. C’est aux génies de l’industrie de me redonner vie. Mon plastique est transformé en billes qui permettront de construire un banc public. Mes éléments métalliques sont tronçonnés en copeaux et serviront à produire un bout de pot d’échappement. Quant à mes verres, ils sont refondus pour produire de nouveaux tubes catholiques. Plus fort que «Wall.E», je me crois alors dans «Un jour sans Fin» avec le Dalaï Lama de l’écologie qui joue le rôle de Bill Murray. A moi Hollywood!

Cédric Couvez

La chaise vous muscle dans un fauteuil

Vous n’avez pas de Minitel (lire ci-dessous) mais vous rêvez d’avoir des cuisses fermes et musclées en peu de temps? Voici un petit exercice très efficace à faire n’importe où, au bureau comme à la maison, dès que vous êtes seul!
Il s’agit de faire la «chaise». Pour cela, appuyez votre dos contre un mur lisse. Placez vos pieds au sol écartés de la largeure du bassin, à 30 cm du mur. Faites glisser votre dos le long du mur en fléchissant  les jambes jusqu’à former deux angles droits : un au niveau du bassin et un autre au niveau des genoux. Tenez alors la position sans vous aider de vos bras pendant une vingtaine de secondes en pensant bien à souffler par la bouche et à inspirer par le nez  puis essayer de reprendre la position debout sans vous aider de vos bras. Répétez l’exercice cinq à huit fois en récupérant 45 secondes entre les séries.
Petit conseil du coach: garder bien le bas de votre dos collé au mur. Serrer les fesses et les abdominaux pendant l’exer­cice. Adopter le temps de travail en fonction de votre niveau. Penser à bien vous étirer après l’effort pour éviter les courbatures du lendemain.
Si l’un de vos proches vous surprend en position de la chaise, ne perdez pas contenance. Saisissez un livre et feuilletez-le en sifflotant (mais toujours en inspirant par le nez). Le ridicule tue bien moins souvent que le sédentarisme.


Yasmine Mimèche
Coach athlé santé au Club athlétisme Champigneulles à Champigneulles (Lorraine)

yasmine.mimeche@athle.org
http://cachampigneulles.net

Se modeler un corps parfait avec le plus simple appareil

La  Wii Fit a trouvé son haltère ego dans votre placard. Une superbe boîte en plastique toute poussiéreuse: un Minitel. Dans les années 1990, en version rose, il avait musclé quelques poignets. Aujourd’hui, il  vous fera perdre vos poignées d’amour. Ses 3,8 kg (modèle Minitel 2) et son ergonomie toute soviétique se prêtent parfaitement aux exercices de renforcement musculaire. On commence par l’échauffement. Enfilez votre survêt et courez à l’agence France Télécom la plus proche leur demander un deuxième Minitel. «Rupture de stock?» Courez à la suivante. Vous finirez en sueur avant d’en avoir trouvé un.

 

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A présent, posez-le au sol, joignez vos deux chevilles et entamez une série de sauts par-dessus l’engin. En moins de temps qu’il ne lui en fallait pour afficher une page, il vous regalbera le cuissot.
Internet, c’est pour les ados. Pour les abdos,  optez pour le Minitel. On appelle ça le « low-tech crunch ». Plaquez-le contre votre torse en position allongée, les jambes pliées, talons au sol, et relevez le buste en contrôlant le mouvement. Vous ne sentez rien ? Patientez, ça charge ! Cette variante vous évitera de tirer sur votre nuque pendant l’exercice et ajoutera un peu de difficulté.
Malgré le froid vous avez flashé sur un débardeur. Votre machine vous épaulera. Corps droit, saisissez la bête et levez-la, bras tendus comme lorsque vous imitiez l’albatros en déclamant du Baudelaire à la kermesse de votre école.  Allongez-vous sur un banc et empoignez l’appareil, bras tendus derrière votre tête. Lentement, ramenez-le au dessus de vous. Ça chauffe, hein ? Ah, ce n’est pas votre Freebox qui vous ferait cet effet. Jusqu’en mars, date de la suppression du service de renseignements le 3611, il peut même vous servir à trouver un vrai club de sport. Minitel, maxi-pote !

Laurent Bainier

Enquête sur le mythique Minitel rose

Née en 1988, ULLA s’est imposée comme la référence incontournable de la discussion coquine pixelisée. C’est la vraie star du Minitel ! Mais qui se cache derrière ce mystérieux prénom qui excite toujours les accros au 3615? «C’est ma secrétaire qui a suggéré ce nom. Il fait fantasmer les hommes sans que l’on s’imagine pour autant une femme-objet», se souvient Louis Roncin, PDG du groupe AGL qui édite entre autres ce service.

 

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Après un démarrage en douceur, 3615 ULLA devient vite le hit sexy du moment: «On a fait beaucoup de bruit grâce à une campagne d’affichage dans la rue. Une jolie femme nue posait en clamant: “Je suis Ulla !”» De quoi réveiller la libido des mâles en rut. Mais la gloire viendra très étrangement du JT de 20 h de TF1, en 1989: «A Lyon, en 1975, une prostituée prénommée Ulla était devenue célèbre en organisant des manifestations contre l’Etat et en occupant une église. Elle était défendue par un jeune avocat, Me Gilbert Collard. Quand notre service a commencé à bien marcher, elle nous a traînés devant la justice pour utilisation frauduleuse de son nom. C’était n’importe quoi, mais le procès a été très médiatisé. Résultat: elle a gagné 500 000 francs et nous, un incroyable buzz», assure Louis Roncin. Les tribunaux deviennent alors les meilleurs publicitaires pour la messagerie rose.

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Entre deux attaques d’associations de protection de la famille, Louis Roncin fait appel à une dizaine de modèles pour incarner la femme fatale. «C’était surtout des Américaines qui n’avaient pas peur que leur petit copain les reconnaisse.» Après la séance photo, notre Hugh Hefner français décide d’affiner sa stratégie médias: «On a parrainé pendant quinze ans le téléfilm érotique du dimanche soir de M6. Ça a été un véritable carton qui a assis encore plus notre notoriété.» Une fois de plus, la marque touche sa cible et les chiffres donnent le vertige. En 1998, au top de sa forme, 3615 ULLA facturait 350 000 heures de connexion payante. C’est maintenant sur le Web que la messagerie tisse sa toile. Même si le Minitel représente encore 10 % du trafic global, il fermera définitivement en 2009. Snif…

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Cédric Couvez

Vous n'êtes qu’un minitelnaute

L’internet n’existe pas. Où plutôt l’idée que l’on s’en fait. Tous les jours nous ne faisons qu’utiliser un minitel amélioré. C’est le concept de «Minitel 2.0». La thèse est défendue avec sérieux par Benjamin Bayart, président de French Data Network, un fournisseur d’accès internet indépendant. Selon lui, derrière nos écrans plats rutilants se joue de nous «un minitel avec de la couleur et des publicités dynamiques.» Pire: un outil au service des puissants. Le spécialiste des réseaux nous éclaire.

 

 

En 2008, comparer Internet à un minitel c’est pas un peu exagéré ?

Benjamin Bayart : Il n’y a pas de différence entre une requête via un 3615 sur de gros ordinateurs basés à Paris et une recherche sur un moteur de recherche structuré autour de milliers d’ordinateurs. Google, 3615, même combat. Mais l’internet, ce n'est pas les 8000 machines de Google qui détiennent le savoir de l'humanité, c'est le contraire.

Qui est responsable de cette « dérive » ?

B.B : Les maisons de disques, les maisons de production et les politiques. Les premiers veulent maîtriser leur gagne pain: la production et la diffusion des contenus. Ils n’ont pas intérêt à laisser les gens à produire et diffuser eux-mêmes. Avec un vrai internet, ce serait la mort des vendeurs d’arts par celle des artistes. Et les politiques, que ce soit lors de l’essor de l’imprimerie ou avec le web, ont toujours voulu restreindre les libertés.

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Internet aux mains d’un petit groupe exclusif, ça ne sent pas un peu la thèse du complot ?

B.B : Je ne parle pas de chambres secrètes, de robes noires et d’hommes en cagoule. C’est plus subtil. Il y a eu une convergence d’intérêts qui a aboutit à cette situation de monopole. Regardez les fournisseurs d’accès à internet (FAI) : ils ont tué toute concurrence et se partagent le marché à 4.

Un internet version minitel, facilite selon vous la répression des libertés. Comment ?

B. B : Les FAI (Fournisseurs d'Accés à Internet) tombent sous le coup de la loi et collaborent avec les autorités du pays. En Chine, Yahoo ou Google aident Pékin à traquer les dissidents. Si, comme avec le minitel, les mails n’étaient pas aussi centralisé, la chasse aux dissidents ne serait pas aussi facile pour le régime chinois.

Propos recueillis par Mohamed Najmi

 
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