Avertir le modérateur

05/03/2009

Les papys-boomers, des machines à tuer

0603-MAG-polar.jpg
Franck Macchianno n’a ni chien, ni chat, ni cochon d’Inde. Il a des appâts. Ce sexagénaire bon teint combine plusieurs métiers : vendeur d’appâts sur la plage de San Diego, VRP en linge de table et en poisson frais pour les meilleurs restaurants de la région, et agent immobilier. Il prend également soin de son ex-femme, de sa maîtresse, et de sa fille aux portes de la fac. Un jeune retraité modèle, qui surfe tous les matins, est apprécié de tous : l’Américain parfait en somme.
Problème, dans une autre vie, Franck Macchianno a été Frankie Machine, le porte-flingue le plus dangereux de la mafia de la côte Ouest. Alors, quand le fils d’un boss local lui demande un coup de main, Franck est obligé de reprendre du service. Mais quand le-dit contrat est en réalité un piège mortel, Frankie Machine ressort les chargeurs et redevient le tireur orfèvre qu’il n’a jamais cessé d’être.
Souvent présenté comme le fils caché de Donald Westlake et d’Elmore Leonard, Dow Winslow, ancien détective privé et ancien guide de safari, anobli par James Ellroy comme « le maître du thriller branché »,  se joue des codes du roman mafieux, mariant humour, violence et romantisme. L’hiver de Frankie Machine, polar nerveux au super-héros ultra-violent et attachant à la fois, doit être adapté au cinéma cette année par le grand Michael Mann avec « monsieur »Robert De Niro dans le rôle titre. Des hommes de goût en somme.

L’hiver de Frankie Machine
, Dow Winslow, Le Masque, 375 p., 22 €.

Bastien Bonnefous

19/02/2009

Le polar blog

2002-MAG-philipkerr.jpgBernie Gunther est un privé comme on ne s’y attend pas. Vétéran de guerre, ancien commissaire de police, il s’est spécialisé dans la recherche de personnes disparues. Jusque-là, rien de neuf. Sauf que Bernie enquête dans le Berlin de 1936, une époque riche en disparitions et en fuites, alors que les nazis s’apprêtent à accueillir les JO et « nettoient » la ville. Publiée au début des années 1990, « La Trilogie berlinoise » du Britannique Philip Kerr – L’Eté de cristal, La Pâle Figure et Un requiem allemand – évoque l’Allemagne du IIIe Reich, de la violence euphorique des années 1930 jusqu’aux décombres de l’après-guerre. La qualité et l’originalité de la trilogie repose sur sa proximité revendiquée avec la tradition américaine du polar hard boiled des années 1920. Bernie Gunther est le double berlinois de Philip Marlowe ou Sam Spade, de Chandler et Hammett. Un enquêteur désabusé et insolent face à la violence du monde. Des prostituées aux banquiers, en passant par les industriels et les puissants du Reich (Himmler, Goering…), Gunther traversera son époque, bouffie de cupidité et percluse de violence. Un homme seul face à un monde décadent dont la chute historique est déjà connue du lecteur. Signalons que « La Trilogie berlinoise » vient de reparaître, retraduite, en un seul volume, et que la suite des enquêtes du privé Bernie est annoncée prochainement.
« La Trilogie berlinoise », Philip Kerr, Ed. du Masque, 836 p., 24 €.

Bastien Bonnefous
Retrouvez l’actu du livre noir sur http://bonnefous.20minutes-blogs.fr

12/02/2009

Le sexe des anges

1302-MAG-polarblog.jpgZel est tueur à gages. Son employeur se prénomme Gabriel, et c’est un ange. Le contrat est relativement clair : Zel doit buter le Diable, en goguettes à New York. Sauf que dans un dancing marseillais, entre deux cocktails « marie-salope » - des bloody mary – Zel tombe sur Nombril, bombe sexuelle rousse affublée du plus beau nombril sur le caillou terrestre, qui « boit des vers » de Maïakovski comme d’autres descendent les demis de Kronenbourg. Cerise sur le gâteux, la boîte phocéenne est aux mains d’un gros, gros méchant pas du tout commode surnommé « La Trique ». Forcément, tout va vite partir en sucette et Zel se retrouver au centre d’un sacré paquet d’emmerdes.
Il semble clair qu’Un ange sans elle, de Serguei Dounovetz, est un roman totalement allumé, délire mystico-tarantinonesque boosté aux hormones. Frankestein littéraire mixant polar, conte gothique et western urbain, c’est avant tout un roman d’amour absolu qui parle de sièges en cuir rouge, de taureaux, des chiens-loups Landru et Petiot, de David Goodis, d’Alfa Romeo et de Smith&Wesson, et de la mafia russe de Little Odessa. Dounovetz, auteur exalté réfugié dans les Pyrénées-Orientales, est un habitué du mélange des genres, le tout tenu dans un appareil poétique tous azimuts.

Un ange sans elle, Serguei Dounovetz, Moisson rouge, 243 p., 15€.

Bastien Bonnefous

22/01/2009

Montalban ou le fantôme de Carvalho

Il a beau être mort à Bangkok en 2003, Manuel Vasquez Montalban incarne à jamais le polar catalan. Né en 1939 à Barcelone, ce journaliste, ancien militant communiste qui connût les prisons franquistes, est l’un des pères fondateurs du genre noir ibère, à travers son personnage mythique de privé, Pepe Carvalho.polarblog.jpg
Créée en 1972, la saga Carvalho couvre près de trente ans de littérature espagnole. Personnage complexe – à la fois ex-agent de la CIA et ancien militant rouge – Pepe est un enquêteur davantage porté sur la victime que sur le coupable. Né avec la chute du franquisme, il incarne surtout cette Espagne des espoirs démocratiques déçus et de la fin des utopies politiques. D’où son goût prononcé pour les marginaux, comme ses acolytes Biscuter l’ancien petit voyou, ou Charo la pute de luxe.
Amoureux de la gastronomie – chacun de ses romans regorge de recettes de cuisine – Montalban a profondément marqué le genre avec Le Prix, Les Thermes, ou Milenio. Sans lui, le commissaire Montalbano (hommage patronymique direct) du Sicilien Andrea Camilleri ne serait sans doute pas, tout comme le Fabio Montale du Marseillais Jean-Claude Izzo.

Le labyrinthe grec, Manuel Vasquez Montalban, Points-Seuil, 224 p., 6,5 €.

 

Bastien Bonnefous

15/01/2009

Adoption, piège à cons

1601-MAG-polarblog.jpgAuteur français trop peu connu, je demande Didier Sénécal. Roman après roman, cet ancien journaliste bâtit une œuvre astucieuse et divertissante. Avec à chaque fois pour maître d’ouvrage, le commissaire Lediacre, patron de la brigade des Intouchables, chargée de faire tomber les puissants de tout poil (c’est de la littérature, bien sûr.
Après les people ou les politiques dans de précédentes enquêtes, Lediacre et Sénécal s’attaquent dans ce quatrième livre à un des piliers du capitalisme moderne : le charity business. Pierre-Guillaume Heuzé – prononcez PGH – en est la véritable égérie intellectuelle, président charismatique et à chemise rouge, de Mômes, ONG censée venir en aide aux orphelins du monde entier. Lediacre et son instinct vont prouver une fois encore que, bien souvent, derrière l’ange se cache le démon : abus de biens sociaux, trafics, adoptions illégales…
Les petites filles et les petits garçons est un roman nerveux et cruellement drôle, qui s’attache à déboulonner les statues avec une vraie jouissance. On sent que Crozemarie, l’Arche de Zoé ou le tsunami de 2006 sont passés par là. Comme toujours chez Sénécal, rien n’est vrai, mais tout est crédible.

Les petites filles et les petits garçons, Didier Sénécal, Fleuve Noir, 247 p., 18 €.

Bastien Bonnefous

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu